VIVRE A

SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE - LA CRESSONNIÈRE

Un village en Normandie

 

  PETITE HISTOIRE DE L’ECOLE COMMUNALE DE SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE. annexe 1

Bienfaite, présentation

Bienfaite en 1900 Photos

Camembert Lanquetot

Le patois

Liens

La politique

Histoire

Les gens d'ici


PAGE D'ACCUEIL

 

Dernière mise à jour le :
1er septembre 2010
09h00

 

 

Source principale :

Archives déparementales du Calvados : cote sous-série 2Mi-DM

RIEN N'EST SIMPLE ou

ÇA CHAUFFE AU CONSEIL MUNICIPAL !

Pour la défense du Conseil municipal, voici un exemple des difficultés qu’il rencontre.

Avant 1955, les classes et logements de fonction sont chauffés par des poêles à bois.
La construction de l'école ronde fournit l'opportunité de moderniser le mode de chauffage en passant au chauffage central.

Ci-dessous des extraits des comptes rendus des séances du Conseil municipal sur cette question en 1965.
Les échanges sont vifs !
Le nouveau maire, M Bessin, souhaite conserver les poêles à bois, essentiellement pour éviter la forte dépense d’une nouvelle installation.
L’ancien maire, M Ruffray, souhaite lui, l’installation d’un chauffage central.

Avait-il vraiment tort ce maire de s'accrocher au chauffage au bois ? Ironie des choses, en 2010, la mode écologique et les hausses du prix du fioul ont remis le chauffage au bois en vedette !

- - - - - - - - - - - - - -

Séance du 7 juin 1955 à 18h30 sous la présidence de M Bessin, Maire.

Ordre du jour : l’installation d’un chauffage central dans les écoles.

M le Maire lit à l’Assemblée ce qui suit (copie in-extenso à sa demande) :

- « Avant que nous passions à la discussion et si nécessité au vote concernant le projet de chauffage central dans les écoles, je tiens à vous exposer pourquoi je ne vois pas l’urgence de ce projet.

Il serait urgent si les enfants devaient souffrir du froid. Ce n’est pas le cas.
L’école neuve a maintenant de beaux poêles, admis par l’Éducation nationale je suppose. Pourquoi ne pas les essayer et même en acheter pour les autres classes s’ils s’avèrent à l’usage économiques et d’usage facile.

Suivant étude, la consommation annuelle prévue serait de 250 000F environ et suivant devis de Mr Duval [architecte] l’adoption du projet nous coûterait 3 500 000F.
Il faut compter 1 million pour les clôtures, cour, communs, de l’école circulaire, soit un total de 4 500 000F.
Où voulez-vous les prendre ? Le disponible au crédit « gros aménagements » est actuellement de 1 450 000F sur les mêmes bases que l’année dernière. Il pourrait être porté à par l’additionnel à 2 900 000F mais je ne puis toutefois en donner l’assurance formelle à ce sujet n’ayant pas vu le percepteur.

Dans ce cas ;
Nos disponibilités seraient entièrement absorbées. Il faudrait renoncer à tous autres travaux d’intérêt général dans la commune et même recourir à l’emprunt :
- adduction d’eau - subvention aux HLM - suppression des taudis - hygiène et aménagements divers.
D’autre part, l’eau potable n’existe pas dans les écoles, il y a là un danger communal qu’il ne faut pas mésestimer.
Un réfectoire surveillé ou cantine pour les enfants est a organiser d’urgence. Il est pénible de voir, comme ce midi encore, des enfants de cinq à six ans partir faire près de 6Km sous la pluie battante pour aller déjeuner chez eux.

La suppression à partir du 1er juillet de la taxe locale sur les produits laitiers et avicoles au stade de gros, va nous faire une différence de rentrées annuelles énormes (3 à 4 millions je pense). Il faut en tenir compte dès maintenant . . . qu’il y a lieu et nécessité d’attendre le vote du budget additionnel avant de se lancer dans de nouvelles importantes dépenses.

C’est pourquoi je vous demande de reporter à plus tard le vote du projet de chauffage ainsi que toutes autres grosses dépenses tant que le budget additionnel n’est pas établi et que les crédits nécessaires ne sont pas assurés. »

Ouï cette lecture et avant toute discussion,
M Ruffray [ancien maire] fait remarquer que lors de plusieurs réunions le Conseil a déjà envisager l’installation du chauffage;
Qu’à l’unanimité des membres présents cette installation a été décidée le 22 novembre 1954 et que par conséquent il n’est pas question d’envisager maintenant s’il est opportun d’envisager le chauffage, il suffit de voter les crédits nécessaires.
M Ruffray reproche à M le Maire son attitude hostile en cette affaire et son esprit de parti pris contre l’école publique. Il lui fait remarquer qu’il a été jusqu’à ce jour le seul à s’opposer à la réalisation du projet.
Il fait encore remarquer à M le Maire qu’il n’y a pas de taudis dans la commune et que, s’il y en a, c’est au propriétaire à faire le nécessaire;
Que les enfants des ouvriers ont le droit de trouver à l’école un peu de confort;
Que la commune n’est pas endettée et que, si les fonds libres ne sont pas suffisants, il est toujours possible de recourir à un emprunt complémentaire.

MM Alleaume et M Durey de Noinville approuvent ouvertement les paroles de M Ruffray et informent M le Maire qu’ils refuseront le vote de toute nouvelle dépense tant que le projet de chauffage ne sera pas réalisé.

M le Maire proteste énergiquement contre les dires de M Ruffray et précise qu’il ne veut considérer que l’intérêt général et communal.

M Ruffray fait remarquer que c’est là une question d’intérêt général, qu’il maintient ses paroles et qu’il tient à ce qu’elles soient reportées sur le registre des délibérations.

Après discussion et échanges de vues, le Conseil décide de demander des devis à des installateurs de chauffage central et espère que peut être l’Assemblée communale aurait l’agréable surprise d’une diminution du coût de la dite installation.

- - - - - - - - - - - - - -

Séance du 27 juin 1955 à 17h30 sous la présidence de M Bessin, maire.

A l’ordre du jour, l’installation d’un chauffage central dans les écoles.

Après avoir entendu M Duval [architecte à Lisieux] sur la nécessité d’avoir recours à un ingénieur en chauffage,

M le Maire lit à l’Assemblée ce qui suit :

« Les paroles dépassent parfois la pensée, mais glissent, s’envolent et sont oubliées.

En exigeant que son accusation contre moi (parti pris) M Ruffray a voulu qu’elles restent.
Satisfaction lui est donnée et je crois que c’est là une phrase unique dans notre registre des délibérations.
Je m’élève donc contre cette assertion qui me peine énormément du fait qu’elle porte atteinte à ma dignité et autorité de maire et d’autant plus qu’elle vient d’un ancien maire.

Et je pose la question :

En 1951 les fonds libres étaient de 1 958 772F
En 1952 les fonds libres étaient de 1 049 585F
En 1953 les fonds libres étaient de 2 416 871F

A ma connaissance M Ruffray, vous n’avez jamais proposé pendant ces années de votre gestion l’installation ou la modernisation du chauffage dans les écoles.
Ces fonds libres déjà importants ont été employés à tous travaux d’intérêt général et certainement aucun d’entre vous n’a jamais pensé à vous taxer d’être « contre l’école ». Je ne dis pas « publique » vous n’avez pas dit ce mot ! Pourquoi en est-il autrement maintenant ?

Le vote du budget, le maintien des attributions directes de la taxe locale au taux des années précédentes, des économies possibles d’installation vont nous permettre de reconsidérer la question et de tout concilier sans engager l’avenir, ce à quoi pour ma part je tiens essentiellement. »

M Ruffray :
Après cette lecture M Ruffray approuve et maintient les paroles qui lui sont prêtées et fait remarquer à M le Maire qu’il était hostile au projet d’installation du chauffage central dans les écoles, puisque l’objet de sa déclaration était de démonter que ce projet n’était pas urgent.
M Ruffray fait également remarquer à M le Maire que la nouvelle école n’étant pas construite, la question de l’installation du chauffage central ne se posait pas.

M le Maire répond qu’une école étant en service depuis de nombreuses années le chauffage pouvait y être installé.

- - - - - - - - - - - - - -

Séance du 8 juillet 1955 à 20h sous la présidence de M Bessin, maire.

M le Maire informe le Conseil qu’à la suite de la réunion de la commission des travaux instruite par un ingénieur en chauffage de la Société générale d’études techniques et industrielles de Rouen et par M Duval architecte, il a reçu de la dite société un devis programme d’installation du chauffage central au groupe scolaire et à la mairie.

Après examen du projet et rapport détaillé de M Lanquetot, Monsieur le Maire demande à l’Assemblée de voter :

1°/ Pour ou le rejet du programme établit par l’Ingénieur.
2°/ Pour la participation à demander aux utilisateurs.

A l’exception de M le Maire qui s’est abstenu, le Conseil accepte le devis s’élevant à 2 750 000F et vote à l’unanimité et à main levé la réalisation du projet sur les bases établies par la société SOGETI.

- - - - - - - - - - - - - -

Séance du 25 juillet 1955 à 18h sous la présidence de M Bessin, maire.

M Duval, architecte, expose à l’Assemblée que le projet d’installation de chauffage central dans les écoles adopté par le CM dans sa séance du 8 juillet dernier présente des inconvénients graves et des difficultés de réalisation qui risquent d’être coûteuses :

1°/ une seule chaudière oblige à la construction d’un caniveau spécialement solide pour traverser la route.
2°/ la chaudière placée en contrebas peut se trouver inondée par des infiltrations en raison de la grande humidité du terrain.
3°/ le groupe motopompe de l’école neuve ne sera pas assez puissant pour assurer le débit nécessaire.
4°/ le choix du charbon comme combustible imposera un travail d’entretien excessif.

Pour ces raisons qu’il a attentivement étudiées et développées clairement au Conseil, M Duval propose :

1°/ que chaque école ait son chauffage autonome.
2°/ que les chaudières soient alimenté au mazout et non au charbon.

Le Conseil municipal,
Ouï cet exposé et après délibération se range à l’avis de M l’architecte et décide d’installer dans chaque école une chaudière à mazout et une citerne pour le combustible.
De charger M Duval de demander à la société Sogeti d’établir un nouveau projet dans ce sens le plus vite possible afin que la mise en adjudication ne soit pas retardée.

- - - - - - - - - - - - - -

Séance du 6 septembre 1955 à 14h30 sous la présidence de M Bessin, maire.

A l’ordre du jour :
- Communication du cahier des charges concernant l’installation du chauffage dans les écoles.
- Étude du devis CEDUC.
- Ouverture des soumissions.

Sept conseillers sont absents.
Le quorum n’étant pas atteint, le CM ne peut délibérer valablement.

M le Maire fait remarquer aux membres présents combien [ceci] est regrettable !

Ouverture des soumissions.

L’ouverture des soumissions donne les résultats suivants :

Ets Lhoste à Lisieux - rabais de 10%   2 563 979 F .......
Drouet St Romain de Colbose  2 595 558 F 15% 
  + 123 500 F .......
Gaston Huet  3 245 602 F 15% 
Georges Paris  2 784 985 F 10% 
Avondo  2 870 000 F 12% 

Les Ets Lhoste ayant fait l’appel d’offres le plus avantageux, sont déclarés adjudicataires des travaux d’installation du chauffage central aux écoles.

- - - - - - - - - - - - - -

Séance du 13 septembre 1955 à 18h sous la présidence de M Bessin, maire.

M le Maire expose au Conseil qu’en raison de l’augmentation de 8% du prix des fournitures et de l’augmentation des salaires, la somme de 2 563 979 F (montant de l’adjudication Lhoste) sera insuffisante.

M Lhoste, présent à la réunion, suggère certaines simplifications qui pourraient compenser cette plus value.

Le Conseil accepte ce principe.

M Berthelot fait remarquer que la dépense en combustible pour le chauffage sera une charge importante pour le budget communal.
MM Ruffray et Alleaume font observer à M Berthelot qu’il aurait pu défendre sont point de vue s’il avait assisté aux précédentes réunions.

- - - - - - - - - - - - - -

Conclusion : Ce n'est pas sans mal, mais les écoliers Bienfaitois seront au chaud en cet hiver 1955.


Retour