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Dernière mise à jour le :
vendredi 27 septembre 2013
15h15

 



26 - MOULIN LANQUETOT AU FOSSARD

Ancien moulin à grain Lanquetot sur l'Orbiquet, au lieu-dit Le Fossard. Ce moulin alimentait en farine les porcheries Lanquetot.


Photo site du restaurant du Fossard www.lemoulindufossard.com capté le 22/03/2017


Photo YB Juillet 2002

Historique. Une filature est construite vers 1825 par Charles Bardel sur le site d'un moulin à foulon. Il est réglementé par ordonnance du 12 mars 1829. En 1844 on y traitait 195.000kg de laine. Agrandi vers 1859 par Edmond Jourdain, incendié en 1879, le moulin est reconstruit vers 1888 (bâtiment actuel). En 1913 l'usine produisait annuellement 90.000Kg de fils. Son activité cesse en 1918. [Base Mérimée]

Le bâtiment est construit en briques pleines montées à la chaux et couvert en ardoises avec lanterneau. Vers les années 1930, le bâtiment a été exhaussé et l'intérieur réaménagé en trois solides niveaux en béton armé de 136m2 chacun. L'appentis à gauche abrite la roue.

Fonctionnement. L'orge était principalement importé du Maroc et arrivait en sacs de 100 kg à la gare de Bienfaite. Les grains étaient hissés à l'étage supérieur par quatre chaînes à godets. Puis ils étaient épierrés et dépoussiérés avant d'être stockés dans six stalles de 22 tonnes chacune. Selon les besoins, ils étaient ensuite broyés au rez-de-chaussée par des petits marteaux métalliques tournoyants dans une turbine. La farine obtenue était renvoyée au premier étage par soufflerie. Là, cette farine était additionnée de poudre d'os, pour fournir un apport en calcium et mélangée avec du soja en paillettes. Le soja était importé des Etats-Unis ou du Brésil. Ce mélange était conditionné au rez-de-chaussée en sacs de 50 kg et partait vers les différentes porcheries Lanquetot. Cette farine mélangée au sérum résidu des laiteries, formait une bouillie utilisée pour l'alimentation des porcs.
Une personne suffisait pour s'occuper du moulin. Une petite génératrice produisait de l'électricité. L'exploitation s'est arrêtée en 1972.

La roue, assez bien conservée, est du type Sagebien. Elle mesure 6m de diamètre sur 2,65m de large. Son axe horizontal en fer mesure 16cm de diamètre. Le volant au premier plan levait ou abaissait la première vanne de tête qui régulait le débit. Une seconde vanne, plongeante, de forme courbe le long de la roue, régulait la vitesse de rotation de la roue en modifiant la vitesse d'arrivée de l'eau sur la roue. Il existait également un système de régulation automatique à boules, type de Watt, de cette seconde vanne.
Il y a 54 aubes. Ces aubes d'une profondeur de 90cm ne sont pas dans le prolongement du rayon de la roue, mais forme avec ce dernier un angle de 10° environ. Ceci pour éviter que la pale n'arrive à plat sur l'eau. L'aube n'est pas plate, l'extrémité extérieure de 10cm est relevée de 15°.
La différence de niveau entre l'entrée et la sortie de l'eau est d'un mètre. L'eau était amenée et chutait sur les pales inférieures situées à 45°. L'eau forcée passait dans un coursier courbe placé au plus près contre la roue, y entraînant ainsi les pales de la roue. Il n'y a pas de joues aux aubes, ce sont les bajoyers du coursier qui assurent l'étanchéité.

Puissance théorique. Si l'on considère un débit moyen de 800L/s si la totalité de la rivière passait par la roue et selon la formule P = M x H : 800 x 1 = 800Kg. 800/75 = 10,66 chevaux-vapeur. En unité normalisée : 10,66 x 0,736 = 7,845kW.
Le rendement des roues Sagebien est évalué à 90%. On tombe déjà à 9,6ch. Il faudrait aussi tenir compte du frottement des paliers d'arbres, engrenages et courroies de transmission. Il semble, d'après la configuration des vannes, que seule la moitié du débit était utilisée en utilisation normale.

Vitesse de rotation. Elle dépend de la vitesse de l'eau en amont. Pour une roue Sagebien en fonctionnement optimum, la vitesse périphérique de la roue doit être égale à la vitesse de l'eau. Pour éviter les remous, les pales doivent se comporter comme des objets flottants immergés entraînés par le courant.
La vitesse moyenne de la rivière en amont est de 30m/mn. Sur cette base, la roue faisant 19m de circonférence : 30/19 = 1,6 tours à la minute. Soit, après le jeu d'engrenages (à dents en bois) en sortie sur l'arbre de distribution 1,6 x (2,6/0,8 x 2,25/0,80 x 2,10/0,5) = 61 tours/minute.

Couple. La mécanique donne la formule suivante : P = C w
P = Puissance en Watts
C = Couple en Newton/mètre
w = Vitesse de rotation en Radians/seconde

Puissance estimée ci-dessus 7800 W pour 1,5 tours par minute.
1,5 Tr/mn donne en radians w = (1,5 x 2 p) / 60 = 0,157 R/s
Si P = Cw alors C = P / w = 7800 / 0,157 = 49.681 N/m
49.681 / 9,81 = 5.064 Kg
C'est un couple très fort mais constant et difficilement modulable.

Conclusion. La puissance réellement utile devait donc varier entre 5cv et 9cv selon le vannage, pour une vitesse de 60 à 70 tours minutes pour un couple de 5 tonnes. Ce sont des chiffres estimés, mais qui donnent un ordre de grandeur probablement proche de la réalité.

Ainsi, le moulin disposait d'une énergie douce, renouvelable, inépuisable, et ce au moindre coût.


Ci-dessus, plan du vannage amont.


En F-G vanne plongeante qui régule la vitesse. Sur ce dessin, cette vanne est plate, alors que sur le moulin Lanquetot la vanne est courbe afin d'épouser au plus près la roue.