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SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE - LA CRESSONNIÈRE

Un village en Normandie
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lundi 19 août 2013
12h10

24 - LES BLASONS DE L'ÉGLISE DE BIENFAITE

Les vingt trois blasons de l'église sont présentés ci-après.

. Note : Les premières armoiries apparaissent au nord de la France au XIIème siècle avec l'usage du casque et du capuchon de haubert cachant la visage.
Pour être identifiés, les chevaliers ont recourt à l'usage de signes reproduits sur leur armement et en particulier sur leur bouclier.

Ces signes de reconnaissance obéissent à des règles immuables : l'héraldique.

 

1/ Les armoiries des voûtes. Peintes sur toiles et marouflées à la céruse sur leur écusson de chêne elles illustrent l'histoire de l'église de Bienfaite par ses Patrons, Seigneurs et Bienfaiteurs.

Deux blasons sont photographiés dans leur environnement proche pour en montrer la riche décoration.

Rappel : Azur = bleu ; De Gueules = rouge ; Argent = blanc ; Or = jaune ; De Sable = noir ; Sinople = vert

A/ Dans le choeur.

Ci-dessous. Les Comtes Durey de Noinville actuels occupant du château, qui succédèrent par achat aux Chaumont Quitry vers 1840. "De Sable au mont à six coupeaux d'Argent surmonté en chef d'une croisette de même." Durey de Noinville, anoblissement par charge : 1685, comte en 1827

A gauche : Les Marquis de Chaumont-Quitry qui ont succédé par alliance aux anciens seigneurs de Bienfaite vers 1628 et y demeureront durant plus de 200 ans : "fascé d'argent et de Gueules de huit pièces, écartelé de fleurs de lys d'Or sans nombre". (écartelé aux armes de France). Les Chaumont ont succédé, par mariage, à Bienfaite aux premiers seigneurs vers 1628. Les Chaumont, originaire de Franche-Comté, font remonter leur noblesse à Huges Capet.
A droite : Les d'Orbec. "D'Or au lion rampant de gueules." Vieille noblesse normande, compagnon des premiers Ducs de Normandie. Louis d'Orbec a participé avec Guillaume de Hautemer et les protestants, au pillage de la cathédrale de Lisieux en 1562.

A gauche: Vicomté d'Orbec "D'azur trois (deux et un) fleurs de lys d'Or". Ce sont aussi les armes du royaume de France. Le roi Louis IX a rattaché le domaine d'Orbec à la couronne de France.
A droite : les Bouquetot. "De Gueules à deux fasces d'Or au franc quartier d'hermine brochant su le tout." En héraldique ces six bandes se nomment burelles. Alliés des Chaumont-Quitry qui étaient pourtant d'ardents calvinistes, les Bouquetot ont été, par alliance, le lien entre les anciens seigneurs de Bienfaite et les Chaumont-Quitry

Famille de Laporte. Par mariage avec les Noinville. "De pourpre, à un arbre arraché d'argent".
Arnaud II de Laporte, né à Versailles le 14 octobre 1737, est un ministre du roi Louis XVI, fut nommé intendant de la Liste Civile le 3 janvier 1791. Il demeura le confident et ami de Louis XVI, ainsi que le grand distributeur des fonds secrets jusqu’à la chute de la royauté en 1792. Guillotiné à Paris le 23 août 1792.

B/ Armoiries d'ecclésiastiques.

Sculptées sur la clé de voûte en berceau brisé du mur de séparation de la nef et du choeur, les armes du Pape Léon XIII. Pape de 1878 à 1903, époque où a été effectué d'importants travaux sur l'église. "D'Azur au cyprès de Sinople planté sur une plaine de même accompagné au franc quartier d'une comète d'Or et en pointe de deux fleurs de lys d'Argent à la fasce d'Argent brochant sur le tout."
A droite, une représentation en couleurs de ces armoiries.
                 

Ci-dessous :

A gauche, armoiries de Mgr Léon-Adolphe Amette né le 6 septembre 1850 à Douville-sur-Andelle (Eure), décédé le 29 août 1920 à Antony près de Paris En 1898. Il devint évêque de Bayeux en 1898 jusqu'en 1906; fut cardinal et archevêque de Paris en 1908. "Écartelé en sautoir : au 1 de gueules au Sacré Cœur d'argent, au 2 et 3 d'azur à 2 roses feuillées et tigées, d'or, au 4 d'or à la rose de gueules feuillée et tigée de sinople."
Mgr Amette était l'Évêque du diocèse au moment des travaux.
La devise en latin : Vivere Christus est : La vie c'est le Christ.

A droite, les armes et la devise du Pape Saint-Pie X (1903-1914). Elles se lisent "D'azur à l'ancre de sable posée sur une mer d'argent et d'azur accompagnée en chef d'une étoile d'or, au chef d'argent au lion d'or léopardé et ailé, tenant un évangile ouvert de même portant le texte "PAX TIBI MARCE EVANGELISTA MEUS" en lettres de sable". [Paix à vous, Marc, mon évangéliste"]
Quant à la devise en latin, Instaurare omnia in Christo, elle signifie “Renouveler toute chose dans le Christ”.
Tout à droite, une représentation en couleurs de ces armoiries.
Merci aux Archives diocésaines de Bayeux-Lisieux qui ont identifié ce blason.

C/ Dans la nef centrale

Les Foucques de la Pilette. "De Sable au lion d'Or contourné à senestre et affronté vis-à-vis une cigogne d'Argent."

A gauche. Famille Lecomte. Par alliance avec les Noinville. "De Gueules à la fasce d'Or au hibou de Sable."
A droite : La famille Hélix d'Hacqueville. "De Sable, au chevron d'Or, a trois fleurs de lys au naturel, deux et un, d'Argent".
Les armoiries des Hélix d'Hacqueville figurent en bas du vitrail de Saint Louis comme donateur. Sur un listel en dessous de l'écu, la devise "Fortiter et recte". "Ferme et droit". Les Hélix d'Hacqueville ont succédé aux Hacqueville.

A gauche: "De Sable à l'aigle éployée à deux têtes d'Or" de dessin semblable au blason de droite, est présent sur la poutre de la nef. S'agit-il de la même famille ?
A droite : Famille Liénard. Les Liénard sont les descendants par mariage des Hélix d'Hacqueville. "D'Argent à l'aigle éployée à deux têtes de Sable."

A gauche : La famille des Hacqueville. "D'argent à un chevron de Sable chargé de cinq aiglons en vol éployé d'Or et accompagné de trois têtes de paon d'Azur".
A droite : Non identifié avec certitude. "D'Azur au taureau (boeuf ?) rampant d'Or, à l'Étoile dextre du chef d'Argent.".

2/ Sur la poutre au fond de la nef.

A gauche : blason attribué à Jehan de Bienfaite + 1099. Blason des Seigneurs de Bienfaite avant 1640. "De Sinople à l'aigle éployée d'Or." Il est devenu, par décision du conseil municipal, en 2011, les armoiries officielles de la commune.
A droite : Famille Grollier, par alliance avec les Noinville. "D'Azur, trois besants rangés abaissés d'Or surmontés de trois étoiles d'Argent."

A gauche Guillaume Le Maréchal. (ou peut être un parent descendant à cause de la couleur bleu de la partie droite du blason qui pourrait être une brisure du blason de Guillaume). "Parti d'or et de sinople, un lion de gueules brochant sur le tout." En savoir + Le plus brave des chevaliers
A droite. Identification incertaine. Peut être un parent proche (épouse ?) du personnage du blason de gauche, de par son emplacement côte à côte avec celui-ci. "De Gueules à cinq fusées d'Or tranchées accolées en bande."

3/ Sur le mur du fond de la nef.

A gauche, Abbaye du Bec Helloin. Par son patronage vers 1077 à 1134. "De Gueules, semé de fleurs de lys d'Argent."
A droite : les Du Merle. "De Gueules à trois Quintefeuilles d'argent, deux et un." Les du Merle sont une vieille famille noble normande implantée à Orbec.

La famille de Jort.
Les Jort portent d'Azur au chevron d'or accompagné de trois coquilles d'argent, deux en chef, une en pointe.
Ils étaient de l'élection de Pont-l'Evêque, généralité de Rouen.
Un Jean de Jort était Procureur en la Chambre des comptes de Normandie.
Les de Jort avaient des liens notamment avec les Foucques d'Orville de Lisieux cousins des Foucques de la Pilette présents dans cette église.

Merci à Monsieur Harmand Frederic qui a identifié ce blason.

J'ai énormément d'information sur cette famille du XIe siècle (Guillaume le conquérant évidemment) jusqu'au 19e siècle, il en existe une généalogie réalisée par un ancêtre aux archives du Calvados, elle s'était alliée aux Pierre des Clozets (la famille du journaliste François de CLOSET qui devrait s'appeler en réalité François PIERRE des clozets). Elle avait aussi bien prospéré de l'autre côté de la Manche, un Sire de Jort a accompagné Guillaume le conquérant d'après Wace et un Robert de Jort s'était établie à Wymeswold et Hoton dans le Leicestershire au moment de la conquête d'après le Domesday Book, par la suite on trouve par exemple un Robert de Jortz nommé sherif de Nottingham par Edward III sans doute pour l'avoir aidé à neutraliser Mortimer l'amant de sa mère Isabelle de France en 1330 à Nottingham. On peut mentionner aussi un cardinal Thomas de Jort, confesseur d'Edward I et qui a auditionné les templiers. Plus tard un lieutenant de l'armée anglaise sert d'ambassadeur à Henry VI auprès des bretons pendant la guerre de 100 ans. L'épopée des Jorz a tourné court en Angleterre lorsque les Lancastre et Margaret d'Anjou perdent le contrôle de la situation. Les Jorz vendent tout et réapparaissent en France d'abord du côté de Falaise puis dans le pays d'Auge. En 1470 le pays d'Auge se remet lentement de la guerre de 100 ans.
HF

Non présent dans l'église de Bienfaite, seulement sur le papier à en-tête de la mairie : le blason officiel depuis 2011 de la commune de Saint-Martin-de-Bienfaite d'après les Seigneurs de Bienfaite avant 1640 par Chatsam — Travail personnel, CC BY-SA 3.0,
Le dessin stylisé par l'ordinateur n'a pas le charme de l'original (voir ci-dessus).

 

 

Diachronique de la mise en place des blasons dans l'église de Bienfaite.

La présence dans l'église des blasons des seigneurs de Bienfaite résulte de l'article 142 de la Coutume de Normandie. (par M. Pesnelle).
Le droit coutumier normand est apparu au début du Xe siècle à partir d’admixtion de principes juridiques scandinaves sur le droit franc en usage dans l’ancienne Neustrie.
Les principales dispositions de la Coutume de Normandie ont été en vigueur dans leur état médiéval en France jusqu’à la Révolution.
La Coutume de Normandie est toujours en vigueur dans les îles Anglo-Normandes.

A/ Les blasons présents avant la révolution.

La noblesse de la paroisse de Bienfaite.

- Les Seigneurs de Bienfaite qui patronnèrent la paroisse pendant 600 ans avant 1640
- L'Abbaye du Bec à cause de son patronage antique et passager vers 1077 à 1134.
- Guillaume Le Maréchal.
- Vicomté d'Orbec.
- Les d'Orbec.
- Les Marquis de Chaumont-Quitry à partir de 1628 et durant plus de 200 ans.

La noblesse locale mais hors le territoire paroissial de Bienfaite.

- Les Bouquetot, catholiques, mais alliés des Chaumont-Quitry qui étaient pourtant d'ardents calvinistes.
- Les Hacqueville.
- Les Hélix d'Hacqueville.
- Les Lienard.
- Les Du Merle.
- Les Foucques de la Pilette.
- Les de Jort.

B/ Les blasons installés après la révolution.

- Les Comtes Durey de Noinville propriétaires par achat du château aux Chaumont Quitry vers 1840.

Par alliance avec les Noinville :
- Les Grollier.
- Les Laporte
- Lecomte.

- Deux blasons sont non identifiés à ce jour.

C/ Quelques réflexions historiques.

La construction de l'église actuelle date de fin du XVème, début du XVIème siècle.
Certains blasons datent d'avant cette construction.
Les blasons des patronages les plus anciens ont donc été installés par les Chaumont-Quitry en hommage à leurs prédécesseurs.
Par la suite, il semble que des nouveaux blasons sont venus s'ajouter, sans que jamais les anciens blasons soient supprimés.

La révolution de 1789.

L'église va souffrir de la tourmente révolutionnaire.
Elle sera transformée en "Temple de la Raison".
En 1794 les officiers municipaux et l'agent national de la commune dressèrent l'état de tous les linges et ornements garnissant le trésor de la fabrique de l'église paroissiale de Bienfaite : Linges, argenterie, cuivrerie, même la grande cloche de l'église.

Julien Petithomme, dit Laforêt, demeurant à Orbec, fut celui qui enleva les fleurs de lys qui étaient à la croisée de dessous la flèche de l'église, et pour cela fut payé 50 livres, et Glasson, vitrier, 15 livres 15 sols, pour avoir remplacé une vitre garnie de fleurs de lys.

Il n'est pas fait mention dans ces destructions ni des armoiries, ni des statues.
Ont-ils échappés à la furie révolutionnaire ?
J'aurais tendance à le penser.

(cf. voir plus de détails sur cette période dans les pages Histoire de ce site)

L'abbé Le Roy (curé de 1899 à 1922) nous indique que des travaux importants ont été effectués avant 1903 (en réalité 1884) à l'occasion desquels les voûtes de la nef et du chœur ont été décapées de leur badigeon blanc et restaurées en merrain (planches de chêne) et charpente apparente.

Les blasons ont-ils été déposés durant les travaux ? Puis remis en place après ?
La suppression des poutres transversales en 1884 a dû nécessiter une nouvelle répartition de l'emplacement des blasons.
Leur place actuelle ne correspond pas forcément à leur position historique d'avant 1884. Positions que je soupçonne devaient correspondre à de précises anciennes règles protocolaires de précédences. Déjà oubliées en 1884 ?

Les photos ci-dessus ne sont pas d'une grande qualité. Elles montrent malgré tout l'état des blasons marouflés ou pas. Visiblement certains ont du vécu, comme dirait un antiquaire de mes amis.

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