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Dernière mise à jour le :
19 mai 2017
20h30

 


2 Juillet 1944
Un Spifire s’écrase dans les bois de Saint-Martin-de-Bienfaite



James Stanley JEFFREY pilote Royal Canadian Air Force


Témoignage recueilli en avril 2016 de Lawrence Jeffrey, fils de James « Jimmy » Jeffrey 411 squadron du 126ème Wing RCAF.

Ce 2 juillet Jimmy décolle de l’aérodrome B3 utilisé par le 126 Wing situé à Béni-sur-Mer.
Décollage très tôt dans la matinée, dans un vol de trois Spitfire Mk IXb sous les ordres du Ft/lieutenant Esli Gordon Lapp originaire de la province d’Alberta, Canada.
Plus tard, Lapp est devenu chef d’escadron et as. Il a obtenu sa première victoire sur cette mission.
Je ne sais pas qui pilotait le troisième avion.
Ils ont commencé un combat avec trois ou quatre FW-190.
Je ne connais pas tous les détails du combat mais mon père m’a dit que son moteur a été touché et que son pare brise s’est couvert d’huile.
Il décide alors d’abandonner son Spit et de sauter en parachute.
Son avion s’écrase dans un bois. [Ndlr Bois du Vigneron sur la commune de Saint-Martin-de-Bienfaite].


Crédit photo : http://www.aircrewremembered.com/jeffrey-james.html

Jimmy, lui, touche le sol dans un champ au nord-ouest d’Orbec. Il cache son parachute dans une haie épineuse. Il s’enfuit vers une maison de ferme à environ quatre cent mètres.
[Ndlr : Au lieu dit Les Petits Perriers, une petite enclave de la commune d’Orbec coincée entre Bienfaite et St Germain-la-Campagne].

Là, par chance, l’agriculteur l’accueille et lui fournit des vêtements civils.
A l’intérieur de cette maison, assis sur des marches, un jeune garçon de six à huit ans regarde l’échange. Il s’agissait de Charles Ellewyn, le neveu de l’agriculteur.

Les Soetaert.

Charles confie Jimmy à un jeune camarade de quinze ans et sa sœur. C’était Albert Soetaert. Ils se sont dirigés via un bois de feuillus [le bois Vigneron], vers le long de la route D519, au bord de la vallée de la rivière l’Orbiquet.

Albert cacha mon père dans un poulailler et partit chercher de l’aide.
Il revint avec un homme qui dit à mon père qu’il connaissait quelqu’un qui pourrait l’aider. En attendant Albert amena mon père à la maison familiale des Soetaert.
[Ndlr : A la ferme de la Livraye en bordure de la D519].

La mère d’Albert cuisina pour mon père un steak frites et il cru boire du champagne mais nous pensons que c’était probablement du cidre bouché.
La mère d’Albert lui donna un porte bonheur [scapulaire dans le texte] pour lui attirer la chance. Après le petit déjeuner, mon père a rejoint le poulailler.

Puis deux hommes sont venus et l’ont emmené à Orbec. Il est allé à l’Hôtel de Ville avec deux photos et il lui a été délivré une carte d’identité. Tout ceci c’est passé avant neuf heures trente du matin. [Ndlr Ce travail clandestin de faux papiers s’est effectué avant l’ouverture officielle des bureaux].

[NDLR. Après la guerre, Albert Soetaert racontera que Jimmy se cachait parfois dans la roue du moulin. Le poulailler sentait-il trop l’ammoniac ?
Aujourd’hui, la roue a été démontée, le bief remblayé.
Il avait été fourni à Jimmy un bleu de travail, un béret et une fourche afin de le faire passer pour un paysan du coin. C’est affublé ainsi qu’il circulera par les petits chemins.]

Les Lecor.

A partir de là, je crois me souvenir qu’il a été pris en charge par trois guides différents. Tantôt il marchait, tantôt il voyageait en carriole à cheval ou bien à bicyclette.
Cet ainsi qu’il arriva une nuit à la ferme de Paul Lecor.
Au matin, quand mon père se réveilla, les enfants Lecor étaient alignés autour du lit, le regardant !

[Ndlr : Paul Lecor, ouvrier agricole, faisait partie du réseau SOE Jean-Marie Burkmaster, du sous groupe Mesnil-Saint-Germain, au nord de Livarot].

Mon père avait étudié les bases de la langue française au lycée et il a fait l’effort de faire de son mieux pour communiquer, ce qui a été apprécié des Lecor. Mon père s’entendait très bien avec Paul Lecor. Paul l’a emmené chez le coiffeur à Livarot pour une coupe de cheveux et aussi acheter du fromage au marché. Mon père a aussi eu sa première mauvaise expérience de la liqueur Calvados, à la grande hilarité de la famille Lecor.

[Ndlr : Une semaine plus tôt un autre aviateur, Américain, Georges Tripp, était aussi arrivé chez Paul Lecor].

Chez les Lecor.
Crédit photo : http://laresistance61.blogspot.fr/

Paul Lecor est debout en chemise blanche et bretelles à boutons.




Je me souviens que mon père racontait qu’un sergent allemand est venu s’installer chez les Lecor. Il avait réquisitionné la chambre de la grand-mère. Il écoutait la BBC sur une radio à ondes courtes. Tripp et lui écoutaient aussi, caché en haut de l’escalier.
L’Allemand n’avait pas envie d’aller recevoir les parachutages demandés par la résistance. Il avait peur de se faire tirer dessus. Il se réveillait pendant la nuit imaginant que les soldats Allemands le poursuivaient comme du gibier.

Je me souviens aussi que mon père parlait de deux parachutistes canadiens arrivés à la ferme. Mon père avait mentionné dans son rapport qu’ils ne vivaient pas à la ferme mais dans une grotte sur une colline appartenant aux Lecor. [Ndlr Sous une bove dans la carrière du-dit baillard pour servir d'abri et de refuge aux membres de la résistance].

La décision avait été prise d’attendre l’arrivée des troupes alliées à la ferme Lecor.

Je me souviens clairement mon père me dire quand le Major Macleod et l’officier le 2nd lieutenant McIntyre sont arrivés à la ferme, il les a appelé big Mac et little Mac.
Mon père ne leur a pas parlé pendant rois jours.
Paul lui a conseillé de les écouter.
Les deux Mac voulaient questionner Jymmy et Tripp pour déterminer s’ils étaient de vrais pilotes américains ou devaient être fusillés comme espions.
Ils ont été surpris d’entendre parler anglais.
Je ne pense pas que le major et mon père s’entendaient très bien.
Le major a ordonné au lieutenant une surveillance continuelle de Tripp et a essayé de faire de même avec mon père. Mon père lui a rappelé qu’il était pilote RCAF et n’était donc pas sous son commandement.
Il y avait aussi présent un chef d’escadron Australien, peut être mentionné dans le rapport de Macleod.

Mon père racontait qu’un jour la maison des Lecor a été cernée par les troupes allemandes, le major voulait sortir les armes de leurs cachettes et se préparer à se battre. Mon père lui a dit de laisser faire Paul.
Paul à discuté avec les Allemands, assurant qu’il n’y avait chez lui aucun prospectus de propagande de la résistance. Les Allemands s’en allèrent.
Mon père était prêt à partir se réfugier ailleurs jusqu'à ce que Paul le persuade de rester.
Le lendemain le Major avait disparu.

Après la guerre.

[Ndlr : Livarot fut libéré le 21 août 1944].

Jimmy a survécu à la guerre et retourné à Toronto, en Ontario, où il épouse son amour d’adolescence, Jean Glazier. Il a travaillé pour les douanes canadiennes pendant trente cinq ans puis comme enquêteur. La plus part des gars avec qui il a travaillé étaient équipage de bombardier, pour la plus part des Lancaster de l’RCAF.
Il aimait jouer au golf et regarder les sports en particulier le base-ball et le football.
Il aimait parier aux courses attelées. Il a été entraineur et arbitre de base-ball, entraineur de hockey et a arbitré du basket-ball.

Je sais que mon père n’avait pas hâte de retourner en France. Car il estimait que c’était juste une partie de sa vie et qu’il y avait perdu beaucoup d’amis.
Henriette Lecor (la fille de Paul) s’installe à Winsor (Ontario) après la guerre avec son mari et prend contact avec mon père lorsque le mari d’Henriette meurt, elle retourne s’installer en Normandie.
Elle a été la principale raison qui a décidé mon père à revenir en 1998 en Normandie à une dédicace de mémorial et de nouveau en 2002.
Mon père a rencontré Georges Tripp sur cette visite.

En 2000, le frère et la soeur de Paul Lecor ont été invité aux Etats-Unis pour les remercier des actes des Lecor au sein de cette guerre, ils ont rencontré l'aviateur Geoge Tripp que Paul Lecor avait hébergé, ils ont visité les Etats-Unis, ont appris à connaitre des américains ayant aidés au débarquement en Normandie.

Mon père James Jeffrey est décédé en octobre 2005.
Ma mère, Jean vit toujours âgée de 92 ans à Lefroy Ontario, dans leur chalet au bord du lac Simcoe.

Aujourd’hui, en 2016, la famille Ellewyn exploite une ferme laitière près de Port-en-Bessin et gère aussi une activité de chambres d’hôtes. Les Ellewyn possèdent un morceau d’hélice du Spitfire de mon père.


Toute la famille se rendit en 2002 en Normandie.
Nous sommes particulièrement reconnaissants à nos amis Français et aux familles de Normandie qui ont risqué leur vie pour sauver nos aviateurs.
Lawrence Jeffrey.

Traduit et adapté par YB. Saint-Martin-de-Bienfaite Avril 2017

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NDLR.
Né à Vimoutiers en 1901, Paul Lecor est décédé en 1979.
Le fils de Paul, Gilbert Lecor est mort en 1944 au cours d’une patrouille, mais il avait gardé son brassard de résistant, les allemands ont donc tiré sur lui croyant qu’il était le chef.

Sources :

- James Jeffrey. In April 2016 we were contacted by his son, he takes up the story.

- Le récit du fils de James Jeffrey (en Anglais)
      http://www.aircrewremembered.com/jeffrey-james.html

- Blog publié par les deux filles du 61160 étude publié à l'occasion d'un concours
      scolaire sur la résistance.
      http://laresistance61.blogspot.fr

- La Libération du canton de Livarot. Publié par la Société historique de Livarot.

- Un réseau Normand sacrifié de Marie-Josèphe Bonnet. Editions Ouest-France 2016