VIVRE A

SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE - LA CRESSONNIERE

Un village en Normandie


LIEUTENANT DE LOUVETERIE

Ce fut Charlemagne qui ordonna à ses Comtes de désigner, dans leur circonscription, deux officiers dont les fonctions consisteraient à chasser les loups.

2.085 loups furent tués en France en 1819. Huit le furent encore en 1928.

Roger Lanquetot fut nommé Lieutenant de Louveterie en 1931. A son décès en 1969, son fils Hugues pris sa succession dans cette fonction.

Si un Lieutenant de Louveterie a droit au port de l'uniforme en drap bleu louvetier, avec boutons dorés portant en relief une tête de loup argenté, le képi du même drap et un ceinturon en soie bleue foncé avec les insignes de louveterie, ce n'est pas dans cette tenue que vous risquez de rencontrer Hugues Lanquetot.

Ci-dessous, un article de l'hebdomadaire "Le Pays d'Auge" de mars 1987 trace un excellent portrait d'un Lieutenant de Louveterie d'aujourd'hui.

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Dernière mise à jour le :
mars 2009
22h30

 

 

 

 

 


Jeune encore, la quarantaine bien portée, solide comme un tronc de pommier, le cheveu court sous une casquette en pare-soleil, l'oeil vif, le verbe net, Hugues Lanquetot est le lieutenant de Louveterie du Pays d'Auge. il intervient sur quatorze cantons.

Avec sa meute de 23 chiens, 15 superbes tricolores et 8 fox de belle race, il répond toujours présent au service de l'Administration des Eaux et Forêts.
Comment, en 1987, cette mission vieille de plus de onze siècles s'accomplit-elle encore ?

C'est Charlemagne qui, dans le capitulaire de l'an 813, créa le corps des officiers de louveterie. Il s'agissait de détruire les loups qui semaient la terreur dans les populations.
Aujourd'hui il n'y a plus de loups. Et même s'il y en avait, encore faudrait-il protéger l'espèce ! ..

Les Lieutenants de Louveterie, -ils ne sont que cinq dans le calvados-, n'ont plus de loup à détruire, mais ils ont toujours un rôle de protection des biens et d'équilibre des espèces.
L'institution de la Louveterie est méconnue. Les lieutenants sont nommés sur la proposition du Directeur Départemental de l'Agriculture et de la Forêt sur les critères de qualités physiques et morales avec bien entendu de hautes compétences cynégétiques.

L'extension de la rage qui gagne de plus en plus de terrain d'Est en Ouest nécessite des opérations de destruction de renards.
L'augmentation du nombre de sangliers à certaines saisons porte préjudice aux récoltes. La prolifération de certaines espèces exige des interventions spéciales.
Il faut savoir que les lieutenants de louveterie sont souvent mis à contribution. Ils exercent leur fonction sans aucune rétribution, et constituent les seuls fonctionnaires bénévoles de la République.

L'amour de la nature et de l'équilibre.

Hugues Lanquetot est agriculteur-éleveur à Saint-Martin-de-Bienfaite et porte haut les couleurs de la Louveterie avec l'insigne à tête de loup. Il regrette de ne pas avoir connu l'âge d'or quand il fallait s'y donner tout entier. Aujourd'hui, la profession a pris le pas sur la chasse.

"C'est passionnant", dit-il. "J'ai pris le relais de mon père. J'aime la nature, la flore, la faune... j'adore observer cette vie mystérieuse. Mais je chasse sans fusil, puisque je suis l'organisateur de la chasse. J'ai fait mes armes dans la chasse à courre. Je suis favorable à toutes les techniques pourvu qu'elles s'accomplissent dans toutes les règles de l'art.
Je répond à l'appel des Maires qui ont fait la demande de battue au service des Eaux et Forêts...
"

Hugues Lanquetot est-il à sa manière un écologiste ?
Il aime la nature et considère qu'il la sert bien...

" Notre mission" poursuit-il "consiste à essayer d'établir un bon équilibre des espèces..."
" Quand les renards ont trop proliféré, j'organise une battue administrative...
Un travail préparatoire est nécessaire 48 heures avant le jour J. Il faut enfumer les terriers pour faire sortir les renards, puis les reboucher pour ne pas qu'ils reviennent. Je fixe le nombre de fusils, j'exige les permis de chasse, je distribue les rôles et les places. A la pointe du jour, à la meilleure heure des effluves portantes, je lance les chiens secteur par secteur. Nous arrivons ainsi à éliminer les renards en surnombre. Mais grâce à l'espace vital, il faut savoir que l'espèce ne peut pas être mise en péril.
A d'autres saisons, les sangliers forment des hardes qui se concentrent sur un lieu précis. Les récoltes aux alentours subissent d'importants dégâts. Gare aux maïs, aux belles prairies, aux vergers à basses tiges !.. Une opération bien montée rétablit l'ordre des choses..
."

Mais quel avenir ?

En 1987, quel peut être l'avenir de la Louveterie ?
Selon Hugues Lanquetot, la tradition doit demeurer :
" En Pays d'Auge par exemple", assure t-il, " le nombre d'exploitations agricoles diminue, les terrains accidentés ne se vendent plus, ils sont peu à peu abandonnés...
Les friches gagnent du terrain, les prédateurs aussi...
La Louveterie s'adaptera donc aux nécessités nouvelles, toujours au service de l'Administration, de la nature, et des biens...
"

Comme on peut en juger, la Louveterie a eu un beau passé. 1200 ans après, elle a encore de l'avenir ! Incroyable mais vrai ! Une des plus vieille tradition assurément...
René Piquemal

NDLR. Hugues Lanquetot est toujours, en 2009, Lieutenant de Louveterie.


Ci-dessous : Battue à la Cressonnière. Roger Lanquetot est le troisième en partant de la droite, cigarette au bec. Photo prise en 1939 ou avant.

Peu de temps après la guerre, un garde chasse employé par Roger Lanquetot fut tué d'un coup de fusil par un braconnier.
Assasinat, car ce braco avait menacé ce garde : " Si tu me donnes un procès verbal, moi je te donnerai un coup de fusil."
Encore enfant à cet époque, Hugues Lanquetot sera marqué sa vie durant par le souvenir de ce drame.