VIVRE A

SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE LA CRESSONNIERE

Un village en Normandie


UNE FAMILLE SUISSE S'INSTALLE À BIENFAITE

Par MONIQUE MÜLLER.

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Dernière mise à jour le :
samedi 6 août 2011

  Photos Monique Müller

 

 

 

 



Notes


(1)Le Mont Joly

(2)l'abbé Janicot

(3) Allusion à une conversation avec Madame de Menneval sur les méthodes sévères de M Portet : rudoiement, coups de règle sur les doigts, bonnet d'âne etc. Mais M Portet, qui était aussi secrétaire de mairie, s'occupait, hors du temps scolaire, des élèves en difficulté en les faisant jardiner dans son potager personnel ou, pour les garçons, réparer sa voiture. Deux mois avant le certif il faisait travailler en supplément le Jeudi matin (jour de repos à cette époque) les cinq ou six grands élèves qui devaient passer cette épreuve. Tous les anciens élèves de cet instituteur d'un autre temps, dont Madame de Menneval, lui gardent respect et reconnaissance.

(4) Voir Photos 1900 n° 1

(5) Madame Langlois. Si elle n'était probablement pas la seule centenaire de France, était, avec ses 107 ans, la doyenne des Français. Encore vive, elle inaugura le bal dans les bras du maire, M Ruffray! Elle habitait au lieu dit Launey. Les Bourgeois sont ses petits enfants.

(6) Le pont provisoire Bailey construit par le génie Canadien. Voir dans les pages Histoire la libération de Bienfaite.

(7) Un des 18 sites dits légers implantés dans le Pays d'Auge pour le lancement des V1. Celui dont parle Monique Muller est situé dans les bois de Fervaques, en bordure de la route D47. Trois bâtiments existent encore, le module A, qui abritait le générateur électrique, les modules B et C qui permettaient de ranger le générateur de vapeur et de le rincer après chaque utilisation.

 



1er Août 1950 : C'est ce jour là, que nous sommes arrivés en Normandie dans ce beau Pays d'Auge. Nous arrivions de Suisse (dans le Canton de Vaud), après quelques 8 à 900 km que nous avions fait en deux jours !
Cette grande expédition était aussi une grande aventure pour nous les enfants : ma soeur aînée, Lisette (9 ans), mon petit frère Gérald (6 ans) et moi Monique (7 ans), les parents André et Yvonne (35 ans) et notre grand'mère paternelle Lucie (60 ans tout juste).
Nous arrivions donc de Suisse dans une Peugeot camionnette appartenant aux Etablissements Lanquetot. Mon Père avait été engagé comme maître beurrier et habitait le village depuis quelques mois et nous, nous venions habiter ce village très loin de notre pays natal....
J'ai vécu dans ce village de 1950 à 1953, puis à Lisieux jusqu'en 1955. Je vais donc vous raconter mon village à moi !

Cette photo est, comme vous l'avez découvert sans difficulté, l'usine Lanquetot. Ecrit de la main de mon père qui travaillait déjà à l'usine : "Usine de Bienfaite, 1950".
C'était le genre de photo qu'il nous envoyait pour nous faire découvrir notre futur village ...C'était très loin de chez nous, un peu ce que maintenant nous considérons comme " le" grand voyage : le Canada pour les Suisses qui s'exilent encore.
Maman n'était pas très "chaude" pour ce dépaysement, n'ayant jamais quitté son bout de Canton, une mère malade, trois petits enfants (nous) et...un mari un peu fou et aventurier sur les bords (qui avait paraît-il le choix d'un même travail en Normandie ou en Colombie ! ). A quoi avons-nous échappés ??

Il envoyait d'autres photos, de grands herbages, "l'Herbage au cent boeufs", le ramassage du lait en campagne, l'usine d'Orbiquet et notre future maison, une petite maison de briques rouges, tout près de la route et bordant la voie de chemin de fer.
Elle n'avait, bien sur, pas le style des maisons normandes comme celle qui lui faisait face, de l'autre côté de la voie de chemin de fer.

J'étais un garçon manqué et mon enfance s'est beaucoup passée à courir après les indiens ou à poursuivre les cow-boys. Il faut dire que le terrain s'y prêtait. De grands espaces, non seulement les vergers mais aussi les forêts alentours : celle de Fervaques, où nous découvrions assez souvent des vestiges - pas très heureux- de la guerre, des "trésors" que nous ramenions sans penser qu'ils pouvaient être dangereux. Il y avait aussi une rampe de lancement pour des V2, c'est en tout cas ce qu'on m'a toujours raconté, c'était très impressionnant cette sorte de mécanique presque neuve (7).
Une autre forêt, mais je ne suis plus très sure du nom "Le bois gentil ou joli" ? (1) Pour y aller nous prenions la petite route qui passait entre le château et l'église et l'aventure était au bout du chemin assez loin du village, me semblait-il, mais que d'aventures et d'explorations(je me souviens que de ce côté du village, il y avait une famille nombreuse de "quelques" quinze ou vingt enfants, dont l'un était mort du "mal-fait", comme on le disait à l'époque...)

La troisième photo, un mariage : " Noce de Jacques Bessin, 1952 ". J'ai joint cette photo parce que la personne qui se marie est toujours à St. Martin puisque je l'ai vu sur votre site en "fonction" comme conseiller municipal et retraité. Ce mariage était un très beau mariage et toute la population y a participé, le petit garçon en haut à droite est mon frère. La famille Bessin était une des deux, trois grandes familles du village et je pense que ce doit être toujours le cas.

L'église m'a toujours beaucoup impressionnée, d'une part parce que nous venions de temps en temps sonner les cloches (deux grosses cordes, presque en face du portail), d'autre part c'était une église catholique. Étant protestante, le "décor" me fascinait, mais une seule chose occupe encore ma mémoire : la petite mosaïque ( un carré de - je crois- 2cm. de côté) en OR. Cette mosaïque existe-t-elle encore ? Elle était placée à l'entrée, je crois me souvenir qu'elle avait été offerte par Madame Lanquetot mère. Chaque fois que nous avions des "visites" de Suisse, nous leur montrions ce qui nous semblait être "le trésor" ! Je me souviens aussi du Curé (2) qui était très gentil...et je crois...petit ...mais pas trop !

Le titre que je lui donne est ce qu'il y a derrière la photo : j'ai découvert que c'était écrit de ma main !
" A Saint-Martin au château d'Aimée et Christine Durey de Noinville"
Donc, si je me souviens bien c'était un jour d'été, certainement après avoir joué dans le parc et les merveilleuses dépendances. Je me souviens d'une petite maison où il y avait quelque chose qui ressemblait à un laboratoire de chimie puisqu'il y avait des tubes et autres objets de chimiste...je ne suis pas sure de ces souvenirs, il faudrait demander à Christine de Menneval.
Du château, j'ai quelques souvenirs plus imagés si je peux dire. Au rez-de-chaussée, un grand salon, une grande cheminée et des canapés en cuir assez "vieux", la cuisine était très accueillante surtout quand nous venions y goûter, j'ai encore "aux narines" l'odeur d'un bon chocolat chaud ! J'ai d'autres souvenirs de ce château, qui, vous le comprendrez était celui de la belle au bois dormant, en tout cas j'ai toujours eu l'impression d'y être très libre et j'étais très contente d'être invitée par Aimée et Christine.
Entre parenthèse, il faut m'excuser pour la liberté que je prends quand je parle d'Aimée et Christine, mais je suis branchée années 50, donc je ne peux pas jouer les "grandes personnes" en racontant des souvenirs d'enfance !
Au château, il me semble que nous nous amusions à chercher des oubliettes, mais je ne suis pas sure qu'elles aient existées. Une chose dont je me souviens bien c'est une pièce, assez grande qui se situait au premier étage . Cette pièce était laissée telle quelle : une grande table, genre table de billard avec dessus une ou des casquettes d'officiers allemands et des tracts (?) écrits en allemand : cela s'explique par -je crois- l'occupation du château par les allemands lors de la guerre.

Pour en revenir à la photo, les enfants sont derrière le portail du parc et ce sont, de droite à gauche : Christine, mon frère Gérald, moi et notre ratier Mirette (qui a fait notre "campagne française" de 1950 à 1968 année du retour en Suisse de nos parents), et malheureusement une moitié d'Aimée !

"Monique apprend à faire du vélo, 1951".
Je viens de franchir la voie de chemin de fer, ce chemin de fer qui supportait matin et soir la locomotive à vapeur et ses wagons, le matin Lisieux-Orbec, l'après-midi Orbec-Lisieux. Chaque fois, la Garde- barrière, Madame Boudevin, faisait glisser les barrières, le train passait avec wagons, grosse fumée et l'odeur particulière de la poussière de charbon.

Combien de fois n'avons-nous pas "essayé" de faire dérailler cette locomotive. Avec des silex que nous trouvions sur la voie, quelques-uns sur les rails et l'attente...quand j'y pense, je trouve que nous avons eu beaucoup de chance, ceux de la locomotive aussi d'ailleurs puisqu'il n'y a pas eu de catastrophe...c'était quand même drôlement excitant...mais je ne crois pas si dangereux que ça !

Je passe donc devant notre maison, en briques rouges (à ma gauche), je l'aimais bien cette petite maison, avec des dépendances et un grand jardin derrière, une mine d'or pour nous les enfants. A côté de notre maison, il y avait le jardin de Monsieur Lenoir, le garde-champêtre qui était aussi un peu "rebouteux-guérisseur". Maman vous raconterait qu'elle s'était brûlée assez sérieusement au bras, Monsieur Lenoir lui avait pris le bras, avait soufflé plusieurs fois sur la brûlure...et quelques jours après, Maman n'avait plus rien...

Ballade dans le bourg.
Après le jardin de Monsieur Lenoir, une maison, je ne me souviens plus du nom des gens qui l'occupaient mais je me souviens très bien qu'ils avaient des enfants de l'assistance publique dont un garçon qui s'appelait Mauricet, un dur, mais je crois que c'était plutôt une façon de se faire remarquer/aimer : ce garçon avait certainement perdu ses parents pendant la guerre... La chanson " en casquette à galons dorés " me fait penser à lui et aux autres qui étaient aussi dans cette famille, ils avaient des galoches, des bérets noirs et des tabliers foncés. Ce sont certainement de ces garçons là dont vous parle Christine D.d.N.(3), c'est vrai qu'ils allaient faire le jardin avec Monsieur Portet, ils le respectaient et celui-ci, avec sa voix rocailleuse du sud-ouest mais aussi de la cigarette, les aimait bien et savait les mettre en valeur. J'imagine que ces garçons étaient sinon heureux, du moins bien dans leur peau car valorisés...

Si nous continuons toujours dans le sens de la marche, nous arrivons à l'Epicerie-Café. Cette épicerie était une véritable mine aux trésors, recelant toutes sortes d'objets utilitaires, une sorte de "Drugstore du Pays d'Auge".
Le café était "pittoresque" avec quelques fois des "tournées façon cidre-calva" pas piquées des vers (verres?). Nous avons assisté lors de notre première visite au bourg (nous étions en "camping" chez le directeur de l'usine, Monsieur Savary, en attendant de recevoir les meubles qui étaient en cours de dédouanement du côté de Caen.) Donc, un des premiers soirs du mois d'Août 1950, arrivant à hauteur du Café, un énorme bruit et une sortie par la vitrine, avec éclats...de verre d'un homme qui atterrit sur le trottoir : Saint Martin était devenu mon village façon "western"...il y avait quand même quelques fois des bagarres et l'absorption du cidre n'y était pas pour rien !

Après l' Epicerie-Café, faisant le coin du carrefour, il y avait la charcuterie, je ne me souviens plus du nom du charcutier et après la boucherie - ou était-ce le contraire ?- la boucherie Germain.. Quelques fois, le jeudi (notre jour de congé) ou pendant les vacances, nous allions avec Monsieur Germain faire l'abattage des veaux à l'ancien moulin qui était situé sur la route de Fervaques (4). C'était vraiment une toute vieille bâtisse, elle était pleine de trous et nous voyions la rivière en-dessous. Quand je pense à ces moments d'abattage, j'en ai le frisson. Je nous revois hissant le veau encore vivant qui devait beugler; les deux pattes arrières enserrées par la corde qui passait dans une poulie là-haut sous le toit et le boucher qui l'abattait puis le saignait ; je crois que tout cela se faisait presque " joyeusement ". J'en suis toute honteuse quand j'y pense : l'innocence est souvent cruelle, les enfants sont cruels .

Puisque nous en sommes aux commerces, il ne faut pas oublier la boulangerie, une petite maison (collée à d'autres peut-être), une petite entrée, une petite vitrine et l'odeur merveilleuse du bon pain chaud, j'en ai encore les narines frémissantes !! A l'intérieur, le pain bien aligné au fond de la boutique et surtout ces gros pains que quelques fois la boulangère coupait en deux, ils devaient bien faire 3-4 kg. Nous achetions des pains plus petits parce que nous n'étions pas une famille nombreuse.

Elle était bien jolie notre petite maison (en 1950, notre première année en Normandie)...
A droite, une photo de celle-ci, maison de briques que nous avons tellement aimée: quand je repense à tout ce que nous vécu entre le jardin, derrière, qui était assez grand pour contenir tous les voyages (imaginaires et en voiture bricolée de tonneaux ouverts et en métal qui pouvaient nous faire traverser le Sahara !!!)
Derrière, des dépendances où nous faisions des séances de cinéma avec des BD bricolées (dans le Journal de Mickey).
Je pourrais décrire exactement l'intérieur : deux pièces en bas avec la cuisine collée derrière, un escalier de bois (?) qui mène au premier étage où se trouvent les chambres, ensuite tout en haut le grenier/chambres : c'est là que se passaient nos rêves de gosses ...Il y avait, dans ce grenier un grand bac qui contenait l'eau pour le "ménage" : elle était assez souvent couleur de rouille !!

La poste : la Postière est certainement vers des lieux plus cléments mais je me souviens d'elle : "très- en -chair"...et que des gamins moqueurs -mais pas trop méchants- caricaturaient en chantant la chanson de Trenet : Y'a d'la joie...la postière part en balade, comme une folle.....etc..... : Sales gosses va !!
M. Müller 2011

La communale.
Pas très loin de la boulangerie se trouvait l'école communale et la mairie. Nous entrions par la cour, un portail gris (?) et derrière une cour divisée en deux : la cour des filles et celle des garçons, séparées par une ligne blanche (ou virtuelle !). Côté "filles", la porte de la salle de classe de Madame Portet, à droite de cette porte une autre celle de l'appartement des Portet; côté "garçons", au bout du bâtiment, la porte de la salle de classe de Monsieur Portet. Faisant face au bâtiment et entre les deux cours les WC à la "turc" dont les portes faisaient plutôt penser à des portes de "saloon" puisqu'elles n'atteignaient ni le plafond encore moins le sol !

Donc je me suis arrêtée à l'école communale, entre cour et jardin, ce qui fait très théâtre. Alors, allons faire un tour au théâtre...ce soir...
La distribution des prix était LE moment important de la vie de notre école, car, chaque année nous montions un spectacle. Quand je pense au travail des Portet, Madame qui s'occupait des répétitions, des chants et de la danse ainsi que des costumes, Monsieur et les garçons montaient la scène, les deux salles de classe pouvaient n'en faire qu'une qui devenait une belle salle de spectacle.
C'était le couronnement d'une année scolaire avec remise des prix très "années 50" mais tellement gratifiant (j'ai toujours ces très beaux livres rouges et dorés, très "pompeux"; toute vanité mise à part j'ai eu quelques prix d'honneur et j'en suis encore très fière, en regardant à l'intérieur, on peut y lire que l'un de ces Prix a été offert par Madame et Monsieur A. Lunel - je me souviens être allée remercier ce couple, je crois qu'ils habitaient au Fossard, un autre par Monsieur Pardon...)

Madame et Monsieur Portet étaient vraiment des personnes dévouées et aimant leur métier, entre assistants sociaux, infirmière, jardinier et secrétaire de Mairie : qui assumerait encore ces fonctions maintenant ?
Petite anecdote : Pour entrer en classe, nous étions toujours en rang, l'un de nous a remarqué un jour qu'il y avait des bestioles qui crapahutaient sur le cou et la tête d'un camarade devant lui, quelques temps après, nous avons remarqué que nous aussi, nous étions infestés de poux ! Inutile de vous dire que Maman en très bonne "Suissesse-propre-en-ordre" qu'elle était, a tout de suite sonné l'alerte, Madame Portet lui a fait remarquer que si elle se coiffait d'un chignon c'était justement pour éviter ce genre de désagrément ! Maman a très vite écrit en Suisse pour qu'on lui envoie du DDT (pas encore interdit...mais efficace), je me souviens des séances d'épouillage entre pétrole -celui qui pue- linge-bonnet enfermant la chevelure pour la nuit, peignage le matin et comptage de poux : assurément une bonne leçon de calcul !!

A propos de belle voix, cette petite anecdote qui m'a toujours beaucoup amusée : Nous étions donc trois enfants, à l'époque les seuls étrangers au village; Madame Portet, notre institutrice, nous avait demandé lors des cérémonies du 14 Juillet et du 11 Novembre de chanter devant le monument aux morts... et les "p'tits Müller" chantaient donc la "Marseillaise" devant les instances politiques du village ! Inutile de me demander de vous chanter l'hymne national suisse, le fredonner peut-être et encore, mais, "La Marseillaise" !!.

Je m'appelle Müller.
Mais être des nouveaux élèves dans une école de village n'est pas forcément une leçon au Paradis, il ne faut pas oublier que nous étions quand même des étrangers. Que "ces étrangers" arrivaient quelques cinq petites années après la guerre, que, sans le vouloir nous avons suscité de la méfiance (et comme le normand est d'un naturel méfiant...) notre nom de famille étant MÜLLER, la méfiance était encore plus prononcée.

Il faut se replonger dans cette période d'après-guerre, la Normandie se relève et panse ses plaies, les communications et autres "médias" existent à peine en tout cas la Suisse est un pays peu connu car assez éloigné, alors, quand nous disons que nous venons de Suisse, que nous nous appelons Müller et que nous parlons parfaitement le français, il y a de quoi être méfiant puisque " on ne parle français qu'en France "...qu'il n'y a pas plus allemand que le nom " Müller"..et, je l'apprendrais un peu plus tard, en lisant Tintin, le Docteur Muller est un méchant !

Alors, comme ça une fois en sortant des WC-filles, j'ai entendu "Sale boche", je n'ai même pas eu l'impression que c'était méchant, mais c'était dit, peut-être parce qu'il fallait le dire. Je n'ai pas trop pris garde à cela...Disons qu'il nous a fallu une petite année pour nous faire admettre, je sais que si je reviens aujourd'hui à Bienfaite on se souviendra de nous: j'en ai fait l' expérience avec ma mère dans les années 70...
C'est la seule anecdote négative dont je me souvienne et vraiment ce n'est qu'une anecdote quand j'entends ce qui se dit dans les préaux aujourd'hui !


1950. Ramassage du lait en campagne pour la laiterie Lanquetot. Photo M.Müller.


Les fêtes et distractions.
En 1953, nous avons fêté la seule - du moins je crois - centenaire de France, Madame Bourgeois (5) (?), une belle fête, je ne sais pas si cela s'est passé dans la nouvelle salle des fêtes ou chez ses enfants dans une belle ferme normande : c'était en tout cas émouvant de fêter une si vieille dame.
Une autre fête au village, celle-là religieuse, mais je ne me souviens plus de la date (l'assomption peut-être ?) mais elle se passait en été puisque nous "déflorions" les jardins pour mettre toutes ces fleurs sur la route qui menait au calvaire, ce calvaire qui était sur la route de Fervaques. C'était très beau et émouvant ces fleurs délicatement posées sur la route mais vite écrasées par les pieds des pèlerins.

La salle des fêtes, inaugurée je crois en 1953, me semblait assez grande, d'une architecture ordinaire, mais ce bâtiment était indispensable pour le village qui avait besoin d'un lieu où s'amuser. Je me souviens assez vaguement de son inauguration et ne pourrais en dire plus.

Comment passions-nous nos dimanches après-midi, la télévision n'existant pas ?
Nous avions beaucoup de chance car à Saint Martin, il y avait un cinéma et quel cinéma! L'épicerie-café Mauduit se situait en-dessous de la voie ferrée, à une bonne centaine de mètres à gauche; il y avait d'abord la petite maison où habitait le garde-champêtre, Monsieur Lenoir dont j'ai déjà parlé...mais j'ai oublié de dire qu'il était aussi le coiffeur pour hommes du village. Sa boutique était mitoyenne avec l'épicerie Mauduit, le café se situait entre les deux et nous entrions par celui-ci pour le traverser et arriver dans une sorte de réduit-cuisine, nous achetions un billet et allions nous installer dans la "salle de cinéma". Dans cette salle, il y avait des chaises de jardin, au fond une sorte d'écran blanc, le projecteur était installé à côté de l'entrée. La projection commençait bien sûr par les fameuses nouvelles, en noir et blanc et voix nasillarde du commentateur ! Il y avait très souvent des "westerns".

Dans cette salle de cinéma nous avons vécu un moment de théâtre inoubliable, entre prétention et ridicule. C'était peut-être un samedi soir, on nous avait annoncé une pièce de théâtre jouée par une "Troupe Parisienne" , ce qui laissait supposer un spectacle de qualité. Le titre de la pièce : "Les deux orphelines", un drame donc, mais nous n'avons jamais autant ri à cause de toutes sortes de maladresses de la part des comédiens, des décors faits de bric et de broc et, à l'entracte deux comédiens venant avec leur tabouret tirer le rideau dérisoire qu'ils avaient pris soin d'accrocher au plafond et qui refusait de se laisser tirer. Je me demande maintenant s'ils avaient réussi à terminer leur représentation. En bons provinciaux que nous étions, nous nous sommes bien amusés de ces parisiens prétentieux !

Le fossard.
Nous allons arriver au "Fossard", après avoir traversé l'Orbiquet par le pont construit après-guerre (des poutrelles de métal en croisillons)(6). L'usine Lanquetot à gauche, une autre à droite puis le carrefour : à droite, nous allons à Orbec (4km à pied) nous y allions souvent et revenions (ou le contraire) par la Cressonnière. La promenade était agréable, peu de voitures mais très souvent de ces grandes voitures à cheval avec leurs deux grandes roues qui devaient bien faire deux mètres de diamètre !
A gauche nous partons sur Lisieux (17 km), ce côté du Fossard est le "domaine" Lanquetot, au-dessus de l'usine et dominant le village, la belle maison des Lanquetot (Monsieur Pierre, je crois). Nous avons vécu une année au Fossard, une maison qui avait des colombages et se trouvait presque en-dessous de la maison des "patrons". Mais j'ai toujours préféré la maison en briques rouges !

Encore quelques personnages :
Des gens que j'ai connu et dont je me souviens :
Madame Louée (qui me faisait des piqûres! ) était conseillère communale;
Les Rouzée (lui était électricien), parents de Chantal, adorable petite fille blonde, qui avaient perdu un tout jeune enfant.
Les Thieulin, avec quelques six ou sept garçons dont Michel et Jean-Claude étaient des bons copains.
Les Toquet, dont la mère était la fille de Madame Louée et leurs fils Jean-Claude et Jacques qui m'ont fait découvrir Tintin, le Monopoly, les crêpes, les batailles de pommes et les cow-boys/indiens, l'enfance quoi !
Je me souviens encore des Faret qui habitaient -je crois- après l'Epicerie Mauduit, à peu près à côté des Bouchard à droite en montant sur le bourg, les maisons étaient en retrait car devant il y avait des jardins (est-ce juste?).
La famille Savary nous a hébergé pendant quelques jours quand nous sommes arrivés au mois d'août 1950. Monsieur était le directeur de l'usine.
Je me souviens aussi de Monsieur Bonnot, ne serait-il pas venu nous trouver une fois en Suisse ?
Jacques Allaume, un camarade de classe, gentil garçon (blond) qui était dans la même division que moi à la Communale;
Je pense aussi aux filles Bourgeois l'une blonde et l'autre brune, l'une s'appelant Mireille, l'autre, je ne sais plus.
Les fils Mauduit, Yves (le brun ?) et François (le blond?) des caractères aussi différents que leurs cheveux !

Fin de mon parcours Bienfaitois.
Ma promenade dans le temps s'achève ici...ma mémoire gardera peut-être encore quelques bons moments...mais peut-être ceux-ci n'appartiennent-ils qu'à moi !!!

Je ne dirais jamais assez que j'ai aimé ce village et que j'en garde le plus beau des souvenirs, celui d'une enfance que j'ai l'impression de ne pas avoir loupée et, rétrospectivement, je sais maintenant qu'une bonne vie d'adulte commence par une belle vie d'enfant !

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