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8/ Histoire de 1939 à 2000 1/4 (annexe 1939-1945)

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Dernière mise à jour le :
Jeudi 10 Octobre 2002
22h30

 



LES RESEAUX DE RESISTANCE DANS LA REGION D'ORBEC.

Ballade de celui qui chanta dans les supplices

Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains

On dit que dans sa cellule
Deux hommes cette nuit-là
Lui murmuraient "Capitule
De cette vie es-tu las

Tu peux vivre tu peux vivre
Tu peux vivre comme nous
Dis le mot qui te délivre
Et tu peux vivre à genoux"

Rien à faire Alors qu'ils partent
Sur lui retombe son sang
C'était son unique carte
Périsse cet innocent

Et si c'était à refaire
Referait-il ce chemin
La voix qui monte des fers
Dit je le ferai demain

Je meurs et France demeure
Mon amour et mon refus
O mes amis si je meurs
Vous saurez pour quoi ce fut

Ils sont venus pour le prendre
Ils parlent en allemand
L'un traduit Veux-tu te rendre
Il répète calmement

Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
Sous vos coups chargés de fers
Que chantent les lendemains

Il chantait lui sous les balles
Des mots sanglant est levé
D'une seconde rafale
Il a fallu l'achever

Une autre chanson française
A ses lèvres est montée
Finissant la Marseillaise
Pour toute l'humanité

Aragon


Partie rédigée en mars 2017


Le texte en bas de page date de 2002.
Depuis les historiens ont continué leurs recherches sur cette période tourmentée.
Plusieurs réseaux étaient implantés en Pays d'Auge, qui ont accompli un travail remarquable.
Ici il est fait un focus sur le réseau Jean-Marie qui bénéficiant du soutient logistique anglais disposait de moyens importants.

Voici des extraits de l'ouvrage de Marie Josèphe Bonnet, édition Ouest-France 2016.
Un réseau normand sacrifié
Manipulation anglaises sur un groupe de résistants infiltré par les Allemands.


Le contenu de cet ouvrage est très différent des mémoires de M Baudot en 1974.
Pourtant il s'agit bien du même réseau Jean-Marie de la French Section du SOE.
Mme Bonnet mets en cause la stratégie du SOE en France.
" La lumière est loin d'être faite sur les ressorts de la stratégie anglaise en Normandie qui reste opaque sous certains aspects, et non des moindres, puisque c'est finalement la Résistance intérieure qui en fit les frais.
En dépit des nombreux ouvrages écrits sur ce sujet, la vérité est toujours un secret bien gardé..."

Le réseau Jean-Marie du circuit SOE Donkeyman est dirigé à Londres par Maurice Buckmaster et en France par Henri Frager. Né en 1913, Frager est ingénieur des Arts et Métiers et aussi pilote. Il entre dans la résistance début 1941.
Il est arrêté le 2 juillet 1944 à Paris par Bleicher, déporté à Buchenwald le 8 août où il est fusillé le 5 octobre 1944 comme tous les agents du SOE capturés.

Le réseau Jean-Marie est infiltré par trois agents doubles retournés par les Allemands.
Henri Frager savait que son second, Bardet, travaillait pour les Allemands.

Est-il possible que les Anglais aient ignorés l'infiltration de leurs réseaux par des agents doubles ?

Politique d'intoxication de l'ennemi ou neutralisation de la Résistance intérieure ?

Les traitres Robert Kiffer, Roger Bardet, seconds de Frager, Robert Alesch agissent aussi sous les ordres de Hugo Bleicher de l'Abwehr en poste à l'hôtel Lutétia à Paris. (Contre espionnage de l'armée allemande dirigé par l'amiral Canaris).
Ils seront responsables d'une soixantaine d'arrestation dans le Pays d'Auge, dont vint-huit fusillés ou morts en déportation.

Robert Kiffer alias Raoul, alias Kiki, alias Michel de Normandie. Arrêté fin octobre 1944. Inculpé de vol et recel. Relâché. Arrêté de nouveau par la DST en juin 1945. Jugé en décembre 1949 par la cour d’assises de la seine. Condamné à mort. En juillet 1950, Vincent Auriol commue la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. Puis à 15 ans de travaux forcés. Il bénéficie de la loi d’amnistie du 8 août 1958 et décède en 1978.

Roger Bardet Arrêté fin octobre 1944. Inculpé de vol et recel. Jugé en décembre 1949 par la cour d’assises de la seins. Condamné à mort. En juillet 1950, Vincent Auriol commue la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. Puis à 15 ans de travaux forcés. Il bénéficie d’une liberté anticipée le 17 juillet 1952. Il décèdera paisiblement en 1972.

L’abbé Robert Alesh, d’origine luxembourgeoise, sera le seul agent de l’Abwehr à être condamné à mort et exécuté. Arrêté en juillet 1945, son procès aura lieu en mai 1948.devant la cour de justice de la Seine. Reconnu coupable de l’arrestation de plus de 100 patriotes appartenant à 8 réseaux et de la morts de 35 d’entre eux, reconnu coupable le 27 mai 1948 et exécuté le 25 janvier 1949 au fort de Montrouge.


Le feldwebel Hugo Bleicher de l'Abwehr, arrêté à Amsterdam le 15 juin 1945. Détenu par le 21st Army Group. Interrogé par la DST les services français savent qu’il est responsable de l’arrestation d’une centaine de résistants français et anglais entre 1941 et 1945. Détenu à Fresnes, il est libéré en 1948 et autorisé à se rendre en Allemagne ou il mourra paisiblement en 1982.

Les membres de la Gestapo de Caen seront jugés par le tribunal militaire de Paris en juillet 1952. Herbert von Bertholdi , Herman Seif, Herald Heyns et Karl Melhose seront condamnés à mort par contumace car aucuns des accusés n’est présent à Paris. Von Bertholdi est caché en Amérique du sud et les autres en Allemagne où ils mourront paisiblement.

Les services secrets anglais et allemands se sont livrés une guerre par le biais du retournement des résistants français des réseaux SOE, trompés, manipulés.
Etre détenteur de fausses informations émanant du SOE, les livrer à l'ennemi sous la torture ou à la suite d'un pacte fut de toute façon une couleuvre bien difficile à avaler pour un résistant authentique.

Le livre, très politique, révèle aussi divers aspects méconnus, par moi, de la résistance.

Le nerf de la guerre.
Kiffer disposait de moyens financiers importants.
" J'avais un budget de 30 000 à 40 000 francs par mois" explique t-il aux enquêteurs de la police judiciaire en septembre 1944.
Tout cet argent ne provient pas uniquement des Anglais, on s'en doute...

[Note dlr : En septembre 1941, le préfet du Rhône arrête que les hommes ne peuvent être payés en dessous de 1 100F par mois et les femmes de 775F.
Entre 1940 et 1945 l'inflation annuelle était de plus de 20%.
Il est pratiquement impossible de traduire 10.000F 1944 en euros 2016.]

Aider les requis STO.
Un exemple de la résistance paysanne : Robert et Marie-Thérèse Stalhand, agriculteurs à La Brévière (au sud de Livarot), où malgré leurs cinq enfants, fabriquent de faux papiers pour les jeunes requis qui refusent d'aller au STO. Ils cacheront quatre-vingt-treize jeunes gens entre 18 et 26 ans, dont une trentaine est nourrie quotidiennement par Marie-Thérèse Stalhand, sans oublier les aviateurs tombés dans la région.

Parachutages.
Un exemple : Le 18 octobre 1943 18 containers comprenant "110 fusils stens, 2 Brens, 18 Rifles, 25 pistolets, 170 Quent, 48 Jams, 255 Incends, 16 Abs, 16 Clams, 12 P Bristos et 240 HE".
Un autre parachutage de 15 containers aura lieu le 10 avril 1944 avec le radio "Noël".
Vers le 15 mai 1944 deux parachutages de quinze cylindres sont réceptionnés par le réseau à Bellou et Meules.

En juillet 1943 les traitres Kiffer et Bardet, téléguidés par le feldwebel Bleicher, réceptionnent un parachutage de quinze containers et une enveloppe avec 500.000 francs à Mantes.
Ils remettront argent, armes et explosifs à Bleicher à Paris comme preuve de leur "loyauté".

Accord Giraud-de Gaulle.
Buckmaster a demandé l'avis de Frager sur cet accord. Dans sa réponse on lit que Frager avait été mis auparavant en défiance par Buckmaster envers les éléments gaullistes.
On comprend par ce courrier que le résau Buckmaster est antigaulliste, à l'instar des Américains qui soutiennent Giraud.

Les Britaniques entendaient garder le contrôle des opérations en France, faisant passer les besoins du BCRA gaulliste après ceux du SOE. Le BCRA dépendait totalement du SOE pour ses besoins en armes et matériels.


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Sur la Résistance rurale, lire sur ce site page "Les gens d'ici" : James JEFFREY pilote Royal Canadian Air Force
Le 2 Juillet 1944 un Spifire s’écrase dans les bois de Saint-Martin-de-Bienfaite.

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Partie rédigée en 2002
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Extraits de "Libération de la Normandie" par Marcel Baudot; Hachette littérature 1974.
[ M.Baudot était le chef FFI de l'Eure de 1943 à 1944. Son ouvrage traite de la résistance Normande. C'est un document sérieux, même s'il tait certains problèmes et si les effectifs annoncés des réseaux sont probablement majorés. Les phrases entre crochets et en petits caractères sont des commentaires personnels.]

1/ FRONT NATIONAL [Communiste] : Dirigé par Charles Tocquart (Kléber) remplacé par Georges Laurent, le groupement “La Marseillaise” établi dans la région d’Orbec à La Folletière, à la ferme Pierre. Georges et Fernande ont pu récupérer dans les premiers jours de juin trois mitraillettes, des mines et des grenades. Ce groupe revendique un effectif de 34 hommes.
Il effectuera des poses de mines sur les routes et des coupures de lignes téléphoniques, rejoint par les troupes canadiennes le 23 Août, il procédera au nettoyage du secteur.

[La première semaine de Janvier 44 neuf personnes sont arrêtées à Orbec et quatre à La Folletière Abenon après le vol de 10.000 feuilles de ravitaillement à la Mairie d’Orbec le 27 Décembre. Cette action, imputée au FN, est passée dans l'opinion publique locale, non comme un acte de résistance, mais comme un délit crapuleux. Il existait un marché noir de cartes d'alimentation.
Redoutables FFI de la 25e heure. Vers le 23 ou 24 Août 44 des hommes armés avec brassard FFI à bord d'une voiture FFI se présentent à Cernay chez une femme accusée de relations avec les Allemands. Cris, injures,... quand soudain la trappe du plafond s'ouvre et des aviateurs Américains cachés dans le grenier interviennent. Les "résistants" repartirent penauds. Cette action peu glorieuse a été imputée, elle aussi, "aux communistes".]


2/ S.O.E. (Special Operation Executive). Réseaux britanniques. Leur missions : renseignements et sabotages.
2.1 Le groupe "Michel de Normandie" de Michel Negroni (Jean) principalement composé de lycéens de Lisieux est rattaché à la M.I.C. (dépendant de L'Intelligence britannique). Ses antennes jouèrent un rôle dans la préparation du débarquement initialement prévu pour l’automne 1943. Un résistant de ce groupe, le docteur Hautechaud de Fervaques, arrêté en septembre 1943, est mort en mars 1944 à Buchenwald. Son épouse Andrée, arrêtée par la Gestapo, est disparue sans qu'on ait jamais retrouvé son corps.

2.2 La mission Donkeyman du major Henri Frager.
Réseau Jean Marie Buckmaster de Normandie.
Les groupes Donkeyman ne se manifestèrent qu’après le débarquement. Jean-Marie mit en place en juin 43 le groupe Gérard (Antoine) à Orbec. Ce réseau a bénéficié de 4 parachutages d’armes d’octobre 43 à mai 44 : Fervaques Montfort et Meulles et il dispose de terrains d'atterrissage au Sap, à Fervaques et Notre-Dame-de-Courson. En Juillet et Août, grâce à des parachutages réalisés à Bellou et Préaux le 20 Mai, ce réseau pourra équiper 5 équipes de 15 à 60 hommes de plusieurs F.M., de mitraillettes, de fusils, et de grenade et aussi de mines, d’explosifs et de crèves pneus.
Gérard (Antoine), trois fois évadé d’Allemagne, est un chef énergique et efficace. Il détruit le central téléphonique d’Orbec le 8 juin. Il récupère des armes par le blocage d’un train de munitions sous le tunnel de Bernay. Il fait évader 15 prisonniers Anglais le 15 Août à Orbiquet. Il guide les Canadiens du 17 au 23 Août faisant 80 prisonniers Allemands.

[ Les Allemands avaient regroupés 42 prisonniers aviateurs Américains dans la laiterie d'Orbiquet. Les 14 et 15 Août, à la demande des Allemands qui n'avaient plus de vivres, le Comité local de la Croix Rouge, présidé par la comtesse de Colbert-Laplace, apporte des colis de ravitaillement à ces prisonniers. Cette présence féminine, les noms et adresses relevés, apporteront un grand réconfort aux Américains. Ceux-ci seront emmenés à pied et en camions vers Amiens où ils prendront le train pour les camps en Allemagne. Pendant le parcours en train, eux aussi agiteront des mouchoirs blancs aux fenêtres pour éviter d'être mitraillés par leurs collègues. Cet épisode déjà connu a été corroboré par le récit qu'en a fait un des survivants Américains au cours d'une émouvante visite à Orbec en Juillet 2001. Ceci ne permet pas de remettre en cause l'évasion de prisonniers Anglais mentionnée plus haut. YB ]

3/ Le 10 juin 44, en raison de l'immobilisation du front, le Haut Commandement Allié, pour ne pas exposer inutilement la Résistance, donne l'ordre de stopper la guérilla. Cette période d'attente durera ici jusqu'au 13 Août.

[ Aujourd'hui, seul le réseau Jean-Marie Bukmaster, groupement du docteur Hautechaud, est représenté aux cérémonies commémoratives officielles à Lisieux, Orbec et environs.]

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