VIVRE A
SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE - LA CRESSONNIERE

Un village en Normandie

6/ Histoire de 1872 à 1914

Bienfaite, présentation

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Dernière mise à jour le :
Dimanche 25 Novembre 2001
23h30

 

Aux Archives du Calvados : 2MI-DM-393 587-EDT-33/11

1872
L'événement de l'après guerre de 1870 contre la Prusse fut la construction du chemin de fer Orbec - Lisieux. Les premiers tracés et devis sont établis par M Fortin, ingénieur des ponts et chaussées, en 1864. Les terrains acquis ou expropriés en 1869 mais réellement en 1871, les travaux commencèrent dès Décembre interrompus par la guerre.
Le 20 Septembre 1872 avait lieu le premier essai d’une locomotive entre Orbec et La-Chapelle-Yvon. Déception : Bienfaite n'a pas le prestigieux statut de gare mais n'est qu'une simple halte. Le 2 Juin 1873 à 17h30 eu lieu le banquet d'inauguration, la participation aux frais s'élevant à 20F.
Ci-dessous, extrait de l'affiche préfectorale de récolement des expropriations en date du 17 novembre 1871. Les biens expropriés sur le tracé de 3,5Km de la future voie ferrée sont qualifiés de verger, labour, pépinière, herbage, pré, jardin, maison, étable, grange, boulangerie. L'énumération des parcelles touchées est effectuée dans le sens Orbec / Lisieux. Pour chaque parcelle, la surface en are et centiare y est mentionnée.

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Lieux-dits Propriétaires inscrits à la matrice
cours de l'Auney Hélix d'Acqueville Frédéric
sous le Bois de la Motte
les monts Cailloux
village de l'Auney
couture de l'Auney
village du Mannetot Durey de Noinville Marie-Paul
Manelin Pierre
d°  Casanes André
Pelhaitre Louis
herbage des Lautiers Peulvey Pierre Alphonse
village du Mannetot De Chaumont Quitry Marie-Charles à Paris
herbage du trèfle
cour du Haut Burderais
bourg de Bienfaite Gadier Pierre charron
Collet Auguste à Friardel
Gadier Constant foulonnier à Orbec
Rosset Désiré fabriquant de tuiles et voiturier
le petit moulin de Chaumont Quitry Marie Charles
bourg de Bienfaite Perrier Louis
le grand Herbage Le Grandeveaux Henri à Paris
village du Coudray Montreuil-Bertivin fileur
Crespin Pierre marchand
Crespin Jean
Maheux Pierre cultivateur
Heutte-Desclos Michel à Tordouet
herbage du Coudray Dufresne Jacques
sous la fontaine de l'Arget de Colbert (Comte) à St Julien-de-Mailloc
herbage des Londes
ferme des Londes Groult Jacques à La-Chapelle-Yvon
sous les monts Flories Oursel Marie Magdeleine

1873
M Debaize, instituteur pour les garçons, est en poste à Bienfaite depuis 1864.
Il a été récompensé à plusieurs reprises :
- Quatre récompenses dans l'enseignements agricole.
- Mention honorable en 1868 dans l'instruction élémentaire.
- Médaille d'argent par la Société protectrice des animaux.

Pour ses vingt ans de présence dans la commune, M Debaize est fêté comme il se doit.

Il y a de 28 à 29 élèves dont 10 sont admis gratuitement.

Avec le chemin de fer, la construction d'une nouvelle école est la grande affaire qui préoccupe la municipalité.
Un premier architecte ne donnant pas satisfaction au maire, il sera remplacé par un autre. Outre les bâtiments, il faut équiper les salles de classes. Tout cela coûte cher !
L'institutrice de la classe des filles est une religieuse d'une Congrégation de Lisieux.
Les enseignants sont rémunérés par la commune. L'instituteur bénéficie d'un logement de fonction.

Août, convention pour l'éclairage au gaz du bourg. L'usine à gaz de Bienfaite est déjà construite à cette date.

Les chemins vicinaux sont sources de nombreux litiges. Le maire trouve leur entretien onéreux et les différents avec l'agent-voyer, M Lefèvre, sous autorité du Conseil général, sont nombreux.

1874
Petite pique du maire, M Delamarre, envers le clergé : l'église a besoin de réparations urgentes. Le maire demande à M le Préfet d'intervenir auprès des autorités ecclésiastiques pour que le budget de la fabrique de l'église paroissiale, qui ne lui est plus communiqué depuis plusieurs années, lui soit adressé.
[La fabrique (ou trésor) est une organisation créée par des paroissiens pour gérer les biens de leur église, financer son fonctionnement et son entretien.]

Le maire, M Delamarre, réunit souvent le Conseil municipal le dimanche après midi.
Il est aussi capable de convoquer le Conseil uniquement pour régler un différent de 20F de timbres avec le percepteur. Ah mais !

Les municipalités d'alors sont soumises à un contrôle rigoureux du Préfet via le "Conseil de Préfecture".
Exemples :
Un arrêté du Préfet du 6 mars 1874 nomme M Delamarre Jacques Eugêne, Maire de Bienfaite et M Le Caron Charles, adjoint. Or les élections municipales dataient du 27 mai 1871.

Le Conseil municipal doit demander au Préfet d'autoriser le Percepteur municipal à effectuer les paiements pour le compte de la commune. Le Préfet contrôle donc les finances communales.

Selon la législation de 1838, ce qui semble nouveau, les Conseils doivent approuver les comptes de l'exercice précédent et voter un budget prévisionnel.

Lors de ces séances budgétaires cinq ou six habitants "les plus imposés" assistent au conseil.

Une autorisation du Sous Préfet est nécessaire pour réunir le Conseil municipal en séance extraordinaire, pour régler un problème urgent par exemple.

Il faudra attendre la loi du 5 avril 1884 pour que les communes acquièrent une plus grande autonomie de gestion.

1875
M Laisney, ancien avoué à Lisieux réclame la somme de 47,11F pour frais d'instance introduite au nom de la commune en 1863.
Suite à une pétition de Bienfaitois se plaignant des clôtures, barrières et chemins d'accès établis par la Cie des Chemins de fer, l'ingénieur de la Cie propose d'élever de 0,80cm à 1m10 la hauteur des clôtures.
Le budget communal est de 9.863F en recettes et de 11.632F en dépenses. [à comparer avec 1913].

1876
Huit garçons et dix filles sont admis gratuitement à l'école communale. Voici le budget de cette école :
  • traitement fixe de l'instituteur 200F
  • produit de la rétribution des élèves payants à 1F50 : 267F
  • produit de la rétribution des élèves gratuits à 0,75F : 22F.
  • complément pour atteindre la rémunération légale : 511F
  • Total du traitement de l'instituteur : 1 000F
  •  
  • traitement fixe de l'institutrice 200F
  • produit de la rétribution scolaire 330F
  • traitement éventuel pour 10 gratuits 82F
  • Total du traitement de l'institutrice 612F
  •  
  • Total budget école : 1.612F
Cette dépense scolaire sera couverte par une subvention départementale de 311F et une augmentation de quatre centimes spéciaux sur les quatre contributions directes.

L'école communale, et son coût élevé pour les finances locales, reste une des préoccupations de la municipalité durant ces années.

En Mars, la foudre a provoqué des dégâts sur la toiture de l'église. Les réparations nécessaires sont estimées à 500F. Le maire ne veut engager que la moitié de cette dépense et demande au Préfet de solliciter le conseil de fabrique pour que le diocèse prenne sa part aux dépenses de réparations.

[ A travers ses différents, répétés dans le temps, avec l'Évêché, on peut deviner un certain anticléricalisme de la part du maire M Delamarre. Est-ce cette question qui va provoquer la perte de son écharpe au profit du Comte de Noinville ? Probablement. ]

En septembre, le Comte de Noinville consent à ce que sa haie (parcelle de l'Aumône) qui borde le chemin de Meulles (actuel D272) soit arrachée pour permettre l'élargissement du dit chemin. Les frais d'arrachement seront à la charge de la commune, le bois sera déposé sur le terrain, en dehors des limites du chemin. Il sera creusé un fossé dont les terres seront rejetées en forme de banquette pour servir de clôture entre le champs de l'Aumône et le chemin.
En compensation de cette donation de terrain, la commune abandonne, à titre gratuit, deux petits chemins ruraux, à l'abandon, à la Barretière (Balletière actuel) qui deviennent propriétés du Comte.
Par cet accord, le comte de Noinville prépare habilement sa future élection de Maire.

En Octobre, le comte de Noinville devient maire par six voix contre cinq à M Delamarre, maire sortant. Le score serré semble indiquer une réelle opposition politique entre deux tendances.

1877
Le maire réitère sa demande de fermeture de la voie du chemin de fer du passage à niveau sur la route n°20 et l'ouverture de portillons pour les piétons, au même lieu, pour assurer la sécurité du passage des bestiaux sur la route et dans l'intérêt des ouvriers qui ont des heures fixes pour rentrer à leur travail et enfin dans l'intérêt général de l'agriculture et des usines.

1878
Augmentation des quatre taxes pour financer :
- la gratuité de l'instruction primaire
- l'entretien des chemins vicinaux
- le traitement du garde champêtre
- le traitement du cantonnier
- les diverses dépenses obligatoires

1879
L'élargissement du chemin de Meulles donne satisfaction à M Hédon, papetier à la Cressonnière. Celui ci verse volontairement une "contribution industrielle" à la commune. Son montant ne figure pas dans les documents. M Hédon est aussi receveur municipal.

Le conseil municipal, de onze membres, se réunit assisté des cinq plus imposés de la commune : Peulvey Alphonse; Aubry Hypolyte; Aubry Fréderic; Périer Pierre; Gruché Frédéric.
Le rôle exact des ces plus imposés ne m'est pas connu, mais la hausse des impôts a été votée avec l'assistance des plus imposés. Le mot assentiment n'aurait-il pas été plus exact ?

L'ancien maire, M Delamarre, s'était engagé personnellement à payer à M Brisson la somme de 900F en augmentation du prix de contruction de l'école et de la mairie dans le cas ou la commune s'y refuserait par un acte du 4 janvier 1873.
Or justement, le 9 Février 1879, les plus hauts imposés, appelés à cet effet, ont refusé de reconnaître ces 12% rtéclamés par le mémoire.

Une donation de M de Noinville de 264F, pain et bois, plus une subvention de la commune porteront à 490F le budget du bureau de bienfaisance destinés à vêtir, nourrir les pauvres et les ouvriers sans travail (46 personnes). Des dons de particuliers s'ajoutent à ces secours.

1880
Le budget total de l'école s'élève à 2.100F soit 30% d'augmentation en quatre ans.
Ce budget va, enfin, se stabiliser à ce niveau pour plusieurs années.

Le Conseil municipal fait savoir à M le Préfet, qu'il offre à la commune le buste de la République qui sera déposé dans la salle de la mairie, M le Maire [le comte de Noinville] a seul refusé de participer à la souscription. L'aristrocrate n'a pas voulu renier sa conviction monarchiste.

1881
Le coup du buste de Marianne a coûté son poste de maire au comte de Noinville. M Dutheil est élu maire.

M Lefrançois, puisatier à Lisieux, a posé une pompe sur le puits le la place du bourg.

1882
La petite société de M Watel, créateur et premier exploitant de la ligne Orbec - Lisieux, est absorbée en 1882 par la puissante Compagnie de Chemins de Fer de l’Ouest qui exploite la ligne Paris-Caen. Ceci aura, dans quelques temps, une répercussion négative pour Bienfaite.

Création d'une Commission scolaire de quatre délégués désignés au sein des conseillers municipaux et création de la Caisse des écoles.

1883
Le local servant de classe de garçons ne peut plus suffire aux besoins actuels de l'enseignement, il est nécessaire de construire une salle de classe plus spacieuse.

1884
L'annuaire de 1884 (50ème année) de l'Association Normande signale comme membres : Laniège percepteur de St Martin de Bienfaite, à Orbec; Loir (l’abbé) curé de St Martin de Bienfaite; Noinville (le comte Amédé de) au château de St Martin de Bienfaite.
Paiement à M Dupont, libraire à Paris, la somme de 20F50 pour fourniture de livres pour la bibliothèque scolaire. C'est la première fois qu'il est fait mention d'une bibliothèque scolaire.

M Dutheil est réélu maire à l'unanimité, le Comte de Noinville, pas rancunier, à donc voté pour son adversaire républicain.

Pour la fête nationale du 14 Juillet, il est acheté un oriflamme (drapeau tricolore) pour 40F.

Tous les ans, le conseil municipal établit la liste des "répartiteurs" de la contribution mobilière. 10 titulaires, 10 suppléants, choisis dans les propriétaires sur la commune.
Mais c'est l'Administration qui nomme ces répartiteurs, choisis sur les listes doubles présentées par les communes.
Les commissaires répartiteurs établissent les valeurs locatives des bâtiments servant à usage d'habitation.

1885
Le devis estimatif pour la construction d'une nouvelle salle de classe s'élève à 5.037F25.

Décès en sa demeure de Bienfaite de Mme Marie Cordier épouse de Louis Angot. Par testament déposé chez Me Lebarbé, notaire à Orbec, elle lègue toute sa fortune, estimée à 6.500F, à l'hospice d'Orbec.
La commune est souvent obligée de placer ses pauvres à l'hospice, et de ce chef, les charges de la commune s'en trouvent d'autant augmentées.
Le legs de Mme Angot aura pour résultat, sinon d'annuler ces charges, du moins de les réviser dans une large proportion.

1886 - 1888
238F d'impôts supplémentaires sont votés pour contribuer à l'installation d'un service télégraphique.
Recensement de 38 chemins ruraux nécessaires à la circulation générale et dont la propriété ne saurait être contestée. La plus part existent encore.
50F sont alloués à l'allumeur du réverbère.

Sur les douze usines qui rayonnent autour de Bienfaite, principalement des filatures, cinq seulement sont encore en activités, sept sont fermées provisoirement. [fermetures qui deviendront définitives]. Les grandes usines textiles implatées à Lisieux ont provoquées la faillite de la petite industrie familiale dans le Pays d'Auge, qui entraîne son cortège de chômage, de prolétarisation et d'exil vers la ville.
La population de la commune va diminuer.
Le bureau de bienfaisance de Bienfaite organise une fourniture gratuite de pain aux familles nécessiteuses en 1886 et 1887.

Le trafic de fret en gare de Bienfaite qui était de 2198 tonnes en moyenne par an est en diminution. La Cie des Chemins de Fer de l'Ouest envisage la suppression totale du trafic marchandises. A la recherche de la rentabilité, cette compagnie supprime l'éclairage de la gare à l'arrivée du train de nuit au grand dam des voyageurs qui protestent.

1889
Une circulaire préfectorale invite les communes à la célébration du centenaire de 1789.
Le maire considère qu'il est du devoir de tous les Français, sans distinction d'opinion, de fêter l'anniversaire mémorable du 5 Mai 1789 [Ouverture de états généraux à Versailles, considérée comme le début de la révolution.]
Il sera organisé :
- Un banquet par souscription le dimanche 5 mai à la mairie
- Une distribution de pain aux indigents de la commune
- Dans la soirée, réjouissances publique sur la place du bourg. les monuments seront illuminés

1891
Madame Marie Charlotte de la Porte, comtesse de Noinville, cède à la commune un terrain de 14m2 au prix de 3F le m2, soit 42F pour les 14m.
Par ailleurs, Madame Veuve Gadier Constant, née Doublet, consent à céder à la commune, à titre gracieux, sans indemnité aucune, à perpétuité, un droit de passage sur un petit sentier quelle possède qui donne accès à un lavoir lui appartenant, situé près de la ligne du chemin de fer.
Ce droit de passage est consenti aux fins, par la commune, de pouvoir accéder à un lavoir public qu'elle fait construire en ce moment sur un terrain qu'elle a acquis de la Comtesse de Noinville.
Ce droit de passage existe toujours (2010).
M Duquesnay, charpentier à Orbec demande 333F33 pour la construction de ce lavoir public.

Le nouveau Conseil municipal est résolument républicain,... à la normande !
Les réjouissances pour le 14 juillet seront annoncées la veille au son de toutes les cloches de l'église, et pareillement le lendemain midi.
Une distribution de pain aux indigents est aussi prévue à cette occasion. [Ces années étaient donc très difficiles pour certains.]

A la suite des grandes gelées de l'hiver dernier, une partie du mur de clôture appartenant à la commune et partageant le verger du presbytère et un terrain en nature de jardin appartenant à M Lebuquer [conseiller municipal] propriétaire domicilié à Bienfaite, s'est écroulé.
Cet écroulement se serait produit par le fait de l'établissement d'un fumier au pied même du mur, dans le terrain appartenant à M Lebuquer.
Après consultation d'un architecte compétent, il apparaît que la reconstruction du mur incombait à M Lebuquer.
Mais M Lebuquer refuse expressément de faire cette reconstruction.
M le maire est chargé d'user de tous moyens, voir juridiques si nécessaires, aux fin d'obliger M Lebuquer à effectuer la reconstruction du mur dans les plus bref délais.
Fin de l'histoire du mur ? Non !
[ En Normandie, tout fini par s'arranger.] Suite à une transaction "raisonnable" avec M Lebuquer, la commune acceptera de prendre en charge la moitié du coût de la reconstruction, soit 150F

1891
[ Approximativement, multiplier par quatre pour convertir le Franc 1890 en Euro 2010]

Le budget municipal prévoit quelques "dépenses facultatives" :
- Assurances de bâtiments communaux 17F
- Abonnement à diverses publications 10F50
- Subvention à la caisse des écoles 60F
- Distribution de pain 60F
- Secours au bureau de bienfaisance 200F
- Inhumation indigents 50F
- Fêtes publiques 55F
- Imprévus 50F

1892
Projet de construction d'un lavoir public à la Balletière.

1893
M le Ministre du commerce a autorisé la création d'un bureau de poste à Bienfaite.
L'Administration des Postes et Télégraphes a choisi pour l'installation de ce bureau une maison dans le bourg appartenant à M Piel, curé du Mesnil-Mauger.
Le prix de la location s'élève à 270F plus l'impôt, soit environ 290F.
L'Etat ne fournissant que le prix de la location jusqu'à concurence de 150F, la commune paiera la différence.
En Octobre, ouverture du premier bureau de poste à Bienfaite, dépendant de l'arrondissement postal d'Orbec.

M le directeur des Postes du Calvados propose de profiter de la nouvelle organisation du service des postes dans la commune. La Compagnie de l'Ouest consentirait à assurer la levée de la boîte de la gare au passage du train n° 3 si la commune s'engage à lui payer une indemnité annuelle de 30F. Ce qui sera fait.

Création d'une boîte à lettres au village Saint Maur, qui fait partie de la commune et rendrait de réels services à cet important village, distant du bureau de plus de deux kilomètres. Cette boîte à lettre existe toujours à Saint Maur (2010).

En Octobre le comte de Noinville réclame le paiement des 42F relatifs à la construction du lavoir effectuée deux ans plus tôt. [Il paraît avoir été courant au 19ème siècle de différer de plusieurs années le règlement d'une facture !]

1894
Du Courteline à Bienfaite :
Le bureau de poste ouvert l'an dernier est loin de donner satisfaction.

- " Les services de distribution du bureau sont l'objet de réclamations journalières.
Les correspondances, à la première distribution le matin, sont remises chaque jour au destinataire plus tard qu'elle ne l'étaient lorsque cette distribution se faisait par Orbec.
Quant au bureau, qui reste fermé la plus grande partie du jour, il en résulte qu'après avoir trouvé porte close pendant les heures d'ouverture indiquées sur le tableau indicateur, si on se présente après 5h le soir pour une lettre à recommander, le receveur se refuse à satisfaire à la demande qui lui en est faite, prétextant que les lettres à recommander doivent lui être remises avant midi."
[ C'est vous qui voyez ! ]

1895
Le maire demande à Monseigneur l'Évêque et à M l'Abbé Loir, curé de Bienfaite, empêché par maladie incurable de pouvoir désormais exercer ses fonctions, de libérer le presbytère pour qu'il puisse être mis à la disposition d'un nouveau desservant. La commune étant privée du ministère d'un prêtre depuis mars 1893. Voir + dans la liste des curés de Bienfaite.
Les comptes de la fabrique sont maintenant approuvés annuellement.

Fondation à Caen d'un laboratoire bactériologique en vue de la propagation gratuite du vaccin du croup. La commune s'associe à cette oeuvre essentiellement humanitaire par un don de 50F.
[ On appelait "croup" la toux rauque causée par la diphtérie membraneuse. Grâce à la vaccination universelle, la diphtérie est une maladie quasi inexistante de nos jours.]


Ouverture de la "laiterie mécanique" de Mme Lanquetot dans les locaux d'une ancienne usine textile désaffectée, au lieu-dit Le fossard. Si les débuts sont modestes, l'expansion rapide de cette entreprise va ramener une certaine prospérité à Bienfaite. Maurice Lanquetot, en 1928, se prévaudra d'une implantation dès 1890. Les actes notariés datent de 1895.

[La dénomination "mécanique" de la laiterie est un brin moqueuse. Peu y croyaient vraiment. Ils avaient tort. L'industrialisation et la course à la productivité vont aboutir un siècle plus tard à disloquer l'agriculture d'élevage, à la crise de la vache folle et la crise du lait en 2009.] (Voir les pages : camembert Lanquetot.)

 

 

 

 

 

 
1896
Après intervention du Sous préfet, 7 chemins ruraux sont déclassés, car ils ne sont que des chemins d'exploitation d'intérêt particulier.

L'adjonction d'un bureau télégraphique à la Poste est souhaitable, entendu la notable augmentation des affaires commerciales et industrielles qui se fait sentir depuis un an surtout.
Il s'agirait de faire relier téléphoniquement la commune de Bienfaite au bureau télégraphique de La Chappelle-Yvon.

M Casanos André, cantonnier communal est, à cause de son grand âge, dans l'impossibilité absolue de travailler sur les chemins. Il sera remplacé par M Bodin Ernest.

1897
Le curé Loir est sommé de procurer à la paroisse soit un vicaire soit un prêtre auxiliaire.

La population est de 450 habitants. Les commerçants et industriels de Bienfaite se plaignent du retard apporté à l'organisation d'un service téléphonique. La liste ci-après, publiée par L'Annuaire-almanach, montre l'extraordinaire vitalité du petit commerce et de l'artisanat. On trouve à Bienfaite les professions suivantes :
  • Boucher : Leroux [conseiller municipal].
  • Boulangers : Gruché [conseiller municipal], Fresnel.
  • Bourrelier : Marion.
  • Cafetiers : Aubry, Gagneur, Yvray, Bazin, Mmes Aubry, d'Yvelin, Chéradame.
  • Charpentier : Brézot.
  • Débitant de tabac : Bazin.
  • Entrepositaire : Héribel. [maire adjoint]
  • Epiciers : Delaunay [conseiller municipal], Brézot, Yvray, Mmes Chéradame, Houlette, d'Yvelin.
  • Facteur receveur des postes : Marivingt.
  • Fromages (fabricants de) : Lanquetot.
  • Garde champêtre : Chainay.
  • Instituteur : Loquet. [est aussi secrétaire de mairie]
  • Institutrice : Soeur Ste Exupère de la communauté d'Isigny.
  • Menuisiers : Lenoir, Ameline.
  • Marchand de bois : Lenoir.
  • Maréchal : Bazeil.
  • Maçons : Robillard, Foret.
  • Mercière : Mme Houlette.
  • Meunière : Mme Tournay.
  • Modes : Mme Marie.
  • Percepteur : Yvelin.
  • Serruriers : Levert [conseiller municipal], Lebourgeois
Les cultivateurs, propriétaires, usines et filatures ne figurent pas sur cette liste et notamment celle du maire, M Dutheil. Il faudrait ajouter la gare qui participe à l'activité économique. L'almanach mentionne également :
Bureau de bienfaisance : Duheil, Héribel, Delaunay, Héquet, Vivier, Levert, Lebuquer.
Société de Secours mutuels : Président M de Noinville, Vice-président Héribel, Secrétaire Gruché, Trésorier : Delaunay.
Cette énumération nous indique que le bourg rural de Bienfaite rassemble les commerces nécessaires à la vie de tous les jours. Les déplacements sont difficiles. Le bourg se suffit à lui même pour le quotidien. Par contre, il faut se rendre au chef lieu de canton, Orbec, à 6Km, pour voir un médecin, un notaire, un pharmacien, et au marché du mercredi.

1898
Achat de 238m2 de terrain dans la propriété de M de Noinville pour l'agrandissement du cimetière à raison de 0F60 le m.

La commune à depuis plus de huit comme pensionnaire à l'Hospice d'Orbec un vieillard, le sieur Ceffray Jean âgé de 75 ans, et pour lequel elle paie annuellement à l'hospice une somme de 456F25 (1F25 par jour) de laquelle il y a lieu de déduire celle de 219F (0F,60 par jour) provenant des arrérages du legs Angot, soit une dépense réelle de 237F25.

Le chômage des filatures de laine va laisser inactives plusieurs familles de la commune.
Un reliquat resté sans emploi des fonds de la vicinalité va être employé pour l'entretien des chemins ruraux, ce qui va procurer cet hiver du travail aux nécessiteux.

1899
Construction d'un mur autour du cimetière pour un montant de 2 960F.
Il a été envisagé de couvrir la dépense par une souscription chez les principaux propriétaires foncier de la commune, les conseillers municipaux donnant l'exemple.
Le comte de Noinville propose de fournit toute la pierre et la chaux nécessaire à la construction.
Cette solution se révélera insuffisante pour couvrir la dépense. Il sera nécessaire de recourir à un emprunt auprès de la Caisse des dépôts et consignation au taux de 3,60%.
Le mur sera réceptionné en Août 1900, en présence de M Bénard architecte et M Cacheleux entrepreneur à Lisieux.

M le curé Loir a été enterré dans le cimetière de Bienfaite. Sur sa sépulture, il a été élevé un tombeau sur la pierre duquel sont gravés ces mots : concession perpétuelle.
M le maire, consulté à cet effet, déclare qu'il ne lui a été faite aucune demande de concession et n'avoir pas autorisé cette inscription.
Attendu qu'il y a lieu de sauvegarder l'intérêt des pauvres (1/3 du prix des concessions revenant à leur profit), il y a lieu d'inviter le ou les héritiers de M le curé Loir à bien vouloir faire immédiatement la demande de concession et en acquitter les droits.

1900
Construction de caniveaux pavés et de trottoirs dans le bourg selon le projet proposé par l'agent voyer cantonal.
Les défauts d'écoulement des eaux pluviales et surtout des eaux ménagères posent un sérieux problème.
Dans la saison estivale, les émanations qui s'échappent des eaux stagnantes sont un danger permanent pour la santé publique.

La Compagnie de l'ouest accepte de faire droit à la demande par pétition faite par les industriels et principaux commerçants de Bienfaite en vue de l'obtention du service de la petite vitesse en gare de Bienfaite. [trafic marchandises.]
Le devis s'élève à 15 600F, dont 8 000F reste à la charge de la commune et des intéressés, pour acquisition des terrains, voies de garage, hangar, bascule, accès empierrés.
Un emprunt sur 25 ans financera les 6 800F à la charge de la commune.

1901
La création dans la commune d'un réseau téléphonique relié au réseau principal par Orbec coutera à la commune 2 500F.

1902
[ De gros travaux, notamment charpente et toiture, sont nécessaires sur l'église. L'impact financier est énorme pour la commune.]
Le devis du projet de restauration de l'église établit par M Capyre, architecte à Caen s'élève à 25 124F.
Une souscription faite par les soins du desservant de la paroisse a produit la somme totale de 9 705F.
Il reste donc à trouver 15 419F. L'aide de l'État et du département est sollicité. Un impôt exceptionnel sur 30 ans sera levé sur les 4 taxes.

L'institutrice congréganiste qui a déjà dépassé l'âge auquel les instituteurs publics sont appelés normalement à la retraite, doit, à la prochaine rentrée, d'après la loi sur la laïcité des écoles publiques, être remplacée par une maîtresse laïque.
La commune ne disposant pas d'immeuble pour l'installation de l'école laïque, l'Académie propose une maison actuellement à louer, au Fossard, appartenant à M Dutheil, Maire, laquelle, avec quelques appropriations, conviendrait pour assurer le service scolaire. Le loyer sera de 100F par an, les travaux pour 405F exécutés par M Solo, entrepreneur à la Chapelle-Yvon.
[ La classe des filles se faisait dans une pièce du presbytère.]

1903
Le projet de l'Agent voyer cantonal d'élargissement du chemin de grande communication n° 272 dans la traversée de Saint-Martin-de-Bienfaite est refusé car les dépenses considérables qu'occasionneraient ces travaux, il serait impossible à la commune d'y participer en raison de sa situation financière actuelle.

1904
M l'Inspecteur d'académie attire la bienveillante attention du maire, sur le fait que l'école de garçons ne possède ni puits ni réservoir en canalisation pouvant fournir l'eau potable à la famille de l'instituteur et aux élèves de l'école pour leur alimentation et le service de propreté.
M le comte René de Noinville propose de donner à l'instituteur et aussi pour son école, l'eau nécessaire pour le service de propreté et d'arrosage.
Cette eau provenant de son réservoir (eau de la rivière La Cressonnière) serait amenée à l'école par une canalisation dont les frais seront supportés par M de Noinville.
[ L'eau était pompée du ruisseau La Cressonnière et montée dans un réservoir situé au pied de la motte féodale grâce à un bélier hydraulique. ]

1905
Les locaux de la classe de filles loués deux ans plus tôt à M Dutheil se révèlent insalubres. Plusieurs familles se sont plaintes.
M le comte René de Noinville consent à céder à la commune, à titre de prêt temporaire, une école lui appartenant, située dans le bourg, correspondant à toutes les exigences d'une bonne installation.
Le bâtiment est très salubre, et composé comme suit : en sous sol, une grande remise, au rez-de-chaussée une salle de classe spacieuse, une cuisine, une salle à manger, au premier, trois chambres à coucher.
Dans la cour de récréation, une borne fontaine, un préau couvert et des cabinets. A l'extrémité de la cour, un jardin potager et un petit enclos en herbe.
Quelques conditions sont posées par M de Noinville, dont la 3° que M Loquet et Mme Pavie devront rester instituteur et institutrice de la commune.
Le local est mis gratuitement à la disposition de la commune.

Travaux d'entretien, maçonnerie et boiserie, sur les lavoirs du Bourg et du Fossard.

Réception des travaux sur l'église. Il reste à régler 1 469F d'honoraires de l'architecte plus un devis supplémentaire de 3 838F de travaux pour l'achèvement de la restauration de l'église.

Le département se propose de racheter à la commune le réseau téléphonique.

1906
[ La loi du 13 juillet 1906 institue le repos dominical de 24h. Les dérogations prévues sont nombreuses. ]
M Maurice Lanquetot expose le choix fait au personnel :
1°/ Repos du dimanche après midi pour tout le personnel, avec une demi-journée en plus dans le courant de la semaine par roulement.
2°/ Repos du dimanche après midi pour tout le personnel, avec une journée entière par quinzaine et par roulement.

Incidents lors des "inventaires" des biens du clergé.

Les Lois de séparation de l'Église et de l'État de 1905 sèment l'émoi à Bienfaite.
L'Inspecteur d'Académie ayant enjoint aux instituteurs d'ôter les emblèmes religieux des salles de classe, les crucifix ont été retirés.
Le maire, approuvé à l'unanimité du Conseil, a fait replacer le Christ dans les salles de classe : L'école communale est sous la responsabilité de la commune. Le mobilier appartient à la commune.
- ". . . Le Conseil municipal s'oppose à l'enlèvement par des sieurs étrangers à l'administration communale du Christ appartenant à la commune et placé depuis un temps immémorial dans les salles de classe des écoles communales..."
Les attendus de la délibération occupent plusieurs pages du registre.

1907
La population est de 481 habitants pour 143 électeurs.
L'Annuaire-almanach, publie la liste suivante, qu'il est intéressant de comparer avec celle de 1897.
  • Aubergistes : Mlle Aubry, Rohée.
  • Boucher : Ledos.
  • Boulangers : Fresnel, Gruché.
  • Briquetterie : De Noinville (téléphone).
  • Cabaretiers : Aubry, Bazin, Vve d'Yvelin, Prévost, Rohée, Aubry.
  • Cantonniers : Dutrait, Hue, Héroult, Letondu.
  • Charpentier : Brézot.
  • Cordonniers : Nigaux, Marion.
  • Epiciers : Delaunay, Vve d'Yvelin, Prévost, Rohée.
  • Facteur-receveur, Poste : Marivingt.
  • Facteur rural : Chesnot.
  • Fromages (marchand de) : Vve Lanquetot et fils et Cie (Grande laiterie) (téléphone).
  • Garde champêtre : Marion.
  • Chef de gare : Cruchet.
  • Instituteur : Loquet (secrétaire de mairie).
  • Institutrice : Mlle Barrez.
  • Laine (filature de) : Jeune-Champs.
  • Lingère : Mme Lenoir.
  • Merciers : Delaunay, Rohée.
  • Menuisiers : Lenoir, Bonhomme.
  • Marchand de bois : Lenoir.
  • Maréchaux-ferrants : Bazeil, Langlois.
  • Oeufs et fruits : Delaunay.
  • Percepteur : Rodier à Orbec.
  • Perruquier : Nigaux.
  • Recette buraliste et débit de tabac : Bazin, dépositaire du Lexovien.
  • Rubans (fabr. de) : Defongy, Leboulanger.
  • Voituriers : Marie, Tostain.
Il y avait donc deux abonnés au téléphone à cette date, auxquels il faut ajouter sans doute la mairie.

1908
Élection du Comte de Noinville au poste de maire. [ Les Bienfaitois marquent ainsi leur opposition politique aux radicaux.]
Un an après son arrivée au Conseil municipal, Maurice Lanquetot est élu adjoint. Il devra attendre 1919 pour le poste de maire.

La construction d'une annexe à l'école des garçons pour la classe des filles est mise à l'étude.

1909
Il est décidé la construction d'un nouveau groupe scolaire moderne pour un coût de 15.500F sur les plans de M Maillard, architeste à Orbec.
L'administration préfectorale impose des normes et contraintes diverses qui enchérissent et retardent le projet.
Sa réalisation va demander plusieurs années alors que le besoin de locaux est urgent et que les classes doivent trouver refuge dans des installations provisoires.

M Lanquetot, adjoint, présente sur catalogue confié par la maison Riffaut d'Orbec, un système de lampe à essence pour l'éclairage du bourg. Chaque bec aurait une puissance de 100 bougies et ne dépenserait que 4 centimes de l'heure. Un essai avec un appareil sera tenté. Plus tard, le système sera adopté et généralisé au bourg.
Cette lampe rfestera allumée jusqu'a 10h du soir les samedi et dimanche et seulement jusqu'à 9h les autres jours.

"Le bourg est traversé par des véhicules de toutes sortes qui circulent à des allures dangereuses". Le maire va prendre un arrêté et sitôt approuvé "le fera connaître au public par six pancartes apposées par les moyens les plus économiques et aux endroits les plus en vue." Les pancartes seront réalisées par M Cussy, menuisier à Orbec, après présentation sur plans. [Ne souriez pas! Cent ans après le problème est toujours d'actualité!].

 

 
Sur l'initiative, entre autres, de Maurice Lanquetot, cinquante fromagers normands se réunissent en mairie de Lisieux et fondent le "Syndicat de Fabriquants du Véritable Camembert de Normandie" (SFVCN). Maurice Lanquetot en est élu, à l'unanimité des présents, Secrétaire Trésorier.

 

 

 
1910
Une souscription est ouverte dans la commune pour venir en aide aux inondés de Paris et sa banlieue.

Dans LA REVUE LEXOVIENNE ILLUSTRÉE 4ème ANNÉE / N°8 - AOUT 1910.
Un article sur un théâtre sous bois à Saint-Martin-de-Bienfaite, p. 126 (1 ill.)

Saint-Martin-de-Bienfaite, le 1er Août 1910.
Lettre à Monsieur le Ministre des Travaux Publics, des Postes et Télégraphe à Paris

Par arrêté en date du 10 juillet dernier, a été autorisé en conversion en recette simple des Postes de l'établissement de facteur-receveur existant dans la commune de Saint-Martin-de-Bienfaite.
Nous vous remercions beaucoup M le Ministre de cette conversion qui va apporter un véritable soulagement dans notre petite région....
Nous vous prions instamment de bien vouloir nous conserver M Marivingt facteur receveur du dit bureau.
Depuis seize ans il n'a cessé et il ne cesse de nous prodiguer ses bons et loyaux services.
Affable, dévoué, discret, il résume en lui toutes les qualités que l'Administration et une Municipalité sont en droit d'attendre d'un bon fonctionnaire.
Confiant dans votre extrême bienveillance, nous vous prions, Monsieur le Ministre, de recevoir tous nos remerciements et d'agréer toutes nos salutations les plus respectueuses.

En attendant la construction d'un nouveau groupe scolaire en projet, Mme Veuve Lanquetot consent à louer à titre provisoire une maison au Fossard.
Cette maison est composée de : 1/ cuisine, salles, chambres et grenier. 2/ d'un autre bâtiment à usage de remise et d'écurie. 3/ d'un autre bâtiment à usage de buanderie, de cave. 4/ Lieu d'aisance, bûcher et pompe. Le tout renfermé dans dans un jardin d'une superficie de trois ares.

A Bienfaite, des enfants âgés de moins de treize ans sont employés aux travaux agricoles et autres tandis que leur place est à l'école.
Pour appliquer la loi sur la fréquentation scolaire, il est demandé à M l'instituteur ainsi qu'à Mme l'institutrice de signaler dorénavant les infractions qui seraient commises.
En conséquence, l'enfant Gruché (12 ans) est invité à rentrer immédiatement en classe et comme il est indigent un complément de secours (3Kg de pain et 1Kg de viande par semaine) est accordé à sa famille.
L'enfant Quentin René devra également reprendre le cours de ses études et le plus vite possible.

Il est créé sur la Commune un service d'inspection vétérinaire des tueries particulières et des viandes destinées à la consommation publique.
Ce service sera assuré par M Féré, vétérinaire à Orbec et par M Marion Jules qui lui est adjoint comme préposé surveillant.
L'arrêté municipal comporte 13 articles détaillés et précis.
[ M Marion est aussi Garde champêtre.]

1911
Les travaux de la nouvelle école avancent rapidement.
Des volets n'avaient pas été prévus aux fenêtres du logement de l'instituteur, a tort car cette partie de construction présente la majeure partie de ses ouvertures aux vents dominants et humides de l'ouest.

En application de la Loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvrières, M Lanquetot Maurice est désigné comme représentant des patrons, M Guiasol comme représentant des salariés.

Dans un but économique, la fête Saint Martin est annulée cette année et reportée à l'inauguration du nouveau groupe scolaire.

École : Aux 22 000F du devis initial, il s'est ajouté des dépenses non prévues pour 7 000F. Il demandé une subvention auprès du Ministre de l'Instruction Publique.

En exécution d'une circulaire gouvernementale à propos de la catastrophe du cuirassé "La liberté", toutes les fêtes officielles sont supprimées.
La fête prévue pour l'inauguration du groupe scolaire est donc annulée, avis en sera donné par voie d'affichage.

Économies : Les vieilles tables des écoles seront aménagées pour servir de bancs. Les vieilles portes et fenêtres de l'ancienne école de garçons seront vendues aux enchères publiques dimanche à la sortie de la messe.

1912
Le nouveau groupe scolaire est officiellement réceptionné.

Le décompte présenté par M Maillard, architecte, pour un total de 38 127F se décompose en :
- Travaux : 36 311F 55
- Honoraires architecte 5% : 1 815F 45
- Total : 38 127F

Sur ces 38 127F la commune dispose :
- Subvention d'état : 9 680F
- Subvention départementale : 1 000F
- Emprunts : 18 820F
- Total : 29 500F

Il reste à pourvoir la somme de : 8 627F

Cette somme sera couverte par un nouvel emprunt.

Vu l'état précaire de santé de M de Noinville, la fête communale est ajournée.

1913
Suite au décès du Comte de Noinville, M Maurice Lanquetot est élu maire.
Un jeune conseiller fait sont entrée au Conseil : Aubert Altèves. Il sera tué en 1915.

Le changement de la "halte" en "gare" est encore demandé à la Cie de chemin de fer. Le tonnage arrivage est de 2.247 T, le tonnage expédition est de 1.683 T soit au total 3.930 T sur les neuf premiers mois de 1912.
Le budget 1913 de la commune est de 12.303F en recettes et 9.440F en dépenses, soit un excédent de 2.862F.

1914
En 1911 plusieurs fromagers membres du SFVCN subissent des amendes pour non respect de la loi sur le repos hebdomadaire. Les négociations avec le ministère du travail vont durer jusqu'à l'accord du 28 Février 1914.

" ...Messieurs les inspecteurs du travail proposent le repos ainsi établi : 10 heures de travail pour les femmes, 11 heures pour les hommes, le repos de l'après-midi du dimanche, un jour entier par mois, 15 jours qui seront payés à l'ouvrier pendant la morte-saison, c'est à dire en mai ou juin". La semaine de travail à la fromagerie devait donc être comprise entre 65 et 70 heures.

Pour 1914 le budget prévisionnel est équilibré à 10.228F et le budget du bureau de bienfaisance à 1.437F. Ce sont encore des Francs "or". La monnaie est stable depuis des décennies. Notre pauvre Franc ne va pas tarder à trébucher de dévaluation en dépréciation.

A travers ses petits et gros soucis, les querelles politiques, la pauvreté de beaucoup, le dur labeur des paysans et des ouvriers de la laiterie, c'est la douceur de la vie à Saint-Martin-de-Bienfaite que ces pages laissent deviner.
Une époque va se clore. Définitivement.

Le soldat AUBERT René, futur Poilu.
A la veille de la première guerre mondiale, en Mai 1914, voici un extrait d'une délibération du conseil municipal :

Le jeune soldat Aubert René Louis Auguste, appelé de la classe 1914, a sollicité l'allocation journalière à titre de soutien de famille, au profit de sa mère Aubert Augustine Blanche, et pendant le temps qu'il sera sous les drapeaux.
La mère de ce jeune homme est paralysée, quelle ne peut marcher et qu'il faut lui venir en aide.
Le grand père Aubert François Désiré est un vieillard âgé de plus de 98 ans qui ne peut prétendre à aucun secours de la part de ses autres enfants, lesquels sont dans l'indigence.
Le secours comme assistance aux vieillards et le produit du salaire journalier du grand frère Aubert ne peuvent suffire à l'entretien de la famille Aubert, à l'hiver.
Considérant qu'après son incorporation, le soldat Aubert ne pourra plus venir en aide à sa mère.
L'aide qu'il sollicite sera accordée à partir du jour ou il sera appelé sous les drapeaux.

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