VIVRE A

SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE - LA CRESSONNIERE

Un village en Normandie

 

  Extrait d'une plaquette touristique (fac-similé à gauche) éditée à l'occasion de l'ouverture du chemin de fer Lisieux - Orbec. Il a été reproduit ici, après l'avant propos qui recadre très bien l'époque, uniquement le chapitre 10 concernant Saint-Martin-de-Bienfaite.
Le document complet est lisible à la bibliothèque de Lisieux.

BIENFAITE, PRESENTATION

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Dernière mise à jour le :
Mardi 28 novembre 2006
22h45

Amédée Tissot

Chemin de fer de Lisieux à Orbec : petit guide du promeneur et du touriste

Lisieux : impr. Lajoye-Tissot, 1873. 100 pages

DE LISIEUX A ORBEC

AVANT-PROPOS

La vallée de l'Orbiquet, aux deux extrémités — Nord-Ouest et Sud-Est — de laquelle s'élèvent les villes de Lisieux et d'Orbec, n'est pas seulement une des plus charmantes, des plus plantureuses et des plus riches de toute la belle Normandie, si fréquemment visitée par les touristes français et étrangers ; elle est aussi l'une des plus intéressantes et des plus curieuses au quadruple point de vue industriel, agricole, historique et archéologique.

Nulle part ailleurs, sur un espace restreint de moins de 20 kilomètres, l'artiste ne découvre plus de sites pittoresques, plus de frais et gracieux paysages ; — nulle part ailleurs, l'économiste ne compte un plus grand nombre d'usines, de fabriques et de centres industriels ; — nulle part ailleurs, l'historien et l'archéologue ne retrouvent plus de vestiges et plus de souvenirs des temps passés.
C'est cette contrée qui peut, ainsi que le fait remarquer M. Raymond Bordeaux, défrayer plusieurs catégories d'amateurs ; c'est cette vallée progressive et industrieuse, où l'activité contemporaine a trouvé assez d'espace pour s'exercer sans disputer le sol aux monuments, et trop de travail productif pour songer à démolir ; c'est ce pays privilégié, en un mot, que la nouvelle ligne d'intérêt local dont vient de s'enrichir la carte des chemins de fer, traverse dans toute son étendue, et permet à tous de connaître et d'admirer.

Nous sommes bien loin du temps où l'Almanach de Lisieux pour l'année 1787 contenait la note suivante :
« Messageries de Lisieux à Orbec.
Il part de chez le sieur d'Algot, rue et faubourg d'Orbec, tous les Mardis, une Voiture, portant personnes et marchandises, et repart d'Orbec le Mercredi et arrive à Lisieux le même jour. »
« Le prix des places est de 24 sous par personne, et, pour les paquets, 6 deniers par livre.
»

Nous ne sommes déjà plus à l'époque moins éloignée où l'honnête Harang, qu'on accusait de lenteur, réalisait pourtant, sur ses devanciers, un progrès réel et sensible, en accomplissant deux fois dans le même jour, le trajet de Lisieux à Orbec.
La locomotive franchit aujourd'hui, en 45 minutes, les 19 kilomètres qui séparent les deux villes, s'arrêtant néanmoins sept fois dans son parcours : à Glos, à Mesnil-Guillaume, à Saint-Martin-de-Mailloc, à Saint-Pierre-de-Mailloc, à La Chapelle-Yvon, à Saint-Martin-de-Bienfaite, à Orbiquet-Launay.

Avec le chemin de fer, le trajet de Lisieux à Orbec a cessé d'être un voyage ; il est devenu une simple promenade, une véritable excursion ; promenade agréable et facile, excursion rapide, intéressante et peu coûteuse.

En publiant le petit livre que nous offrons aujourd'hui au public, notre intention est d'y ajouter un attrait de plus : la rendre instructive. Rappeler aux promeneurs et aux excursionnistes les faits qui se sont accomplis sur les divers points du panorama qui se déroule devant eux, évoquer les souvenirs du passé ; retracer sommairement l'histoire des vieux monuments disséminés dans ce riant paysage, celle des familles qui les ont bâtis, habités et illustrés ; présenter enfin les renseignements topographiques, statistiques, industriels, etc., etc, sur chacune des communes traversées par la voie ferrée, parfois même sur quelques-unes de celles environnantes, nous semble être tout à la fois agréable et utile, ajouter un charme de plus au tableau déjà charmant dont se réjouissent les yeux.

On a dit : « Connaître son pays, c'est apprendre à l'aimer. » C'est cette parole qui nous a surtout inspiré l'idée de ce petit livre. Si modeste qu'il soit, nous serions heureux qu'il contribuât pour une part, si minime qu'elle puisse être, à réaliser cette parole bonne et sage ; nous nous tiendrions suffisamment récompensé du labeur qu'il nous a coûté s'il parvenait à faire connaître notre pays à ceux-là qui l'habitent et qui l'aiment instinctivement, en même temps qu'à le faire aimer de ceux-là qui ne l'habitent pas et qui ne le connaissent que peu ou point.

La part la plus large, sinon la part entière, de ce résultat désiré, serait assurément due aux regrettés savants De Caumont et Louis Du Bois, à MM. Raymond Bordeaux, de Formeville, Ch. Vasseur, Arthème Pannier, Lacour, dont les intéressants travaux nous ont fourni de nombreux renseignements ; ainsi qu'à MM. Marie-Cardine, inspecteur de l'enseignement primaire ; Marsaudout, ingénieur civil, constructeur de la voie ; Delaunay, agent-voyer ; Delamarre, maire de Bienfaite ; Thieulin, chef d'institution à Orbec, qui nous ont donné des détails précieux avec une affectueuse obligeance, pour laquelle nous les prions d'agréer ici l'expression de notre vive gratitude.
Lisieux, 20 mai 1873.

CHAPITRE X

SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE : Renseignements géographiques et industriels. - Son Histoire. - La famille de Chaumont-Quitry. - Le Château. - L'Église. - Le Pain de Sucre. - Les réquisitions prussiennes. - Le château Godfard. - Le village de Saint-Maur. - De Bienfaite à Orbiquet-Launay.


SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE, commune du canton d'Orbec, à 5 kilomètres de cette ville et à 15 kil. de Lisieux. Arrosée par l'Orbiquet et par le ruisseau de la Cressonnière, sa superficie est de 698 hectares et sa population de 703 habitants.

Cette commune est l'une des plus agréables et des plus importantes du canton d'Orbec et même de l'arrondissement de Lisieux. La moitié de la population est occupée dans les usines établies sur son territoire, et qui sont au nombre de huit, non compris deux moulins à blé, savoir : quatre filatures et carderies de laines, appartenant à MM. Lebuquet, Auguste ; Dutheil, Frédéric ; Chéradame et Mme veuve Boquié ; - une usine pour constructions mécaniques, appartenant à M. Lebourgeois, Isidore, ; - une usine à gaz, dirigée par M. Fouché.

L'industrie de cette commune a changé complètement de nature depuis cinquante ans. Au lieu des filatures que nous venons d'indiquer, il n'y avait que des moulins à foulon pour les frocs, dont la fabrication était alors presque exclusivement concentrée dans le canton d'Orbec, et que les fabricants apportaient au marché de cette ville, où les marchands de Lisieux et de Bernay se rendaient chaque mercredi, et y enlevaient les 1,500 ou 1,800 pièces exposées.

Bienfaite était, à cette époque, un véritable faubourg d'Orbec, sa population qui, vers le milieu du siècle dernier, était de 800 âmes, était plus considérable encore au moyen âge.

BIENFAITE, Benefacta, Bonefacta, Bienfaicte, était la résidence des seigneurs barons d'Orbec. Les seigneurs de Bienfaite qui prirent part à la conquête de l'Angleterre et qui accompagnèrent le duc Robert en Palestine, avaient pour auteur Gilbert, comte d'Eu et de Brionne, fils de Geoffroi, enfant naturel de Richard Ier, duc de Normandie. Ils sont, dit M. Ch. Vasseur, la souche de la famille de Clare et contractèrent les plus riches alliances.

En 1301, Philippe-le-Bel accorda par lettres patentes à Etienne, sire de Bienfaite, pour la récompense de ses services, que toutes les choses qu'il avait en sa baronnie d'Orbec fussent tenues par un franc-fief de Haubert.

Vers 1450, Marie de Bienfaite porta cette terre dans la famille d'Orbec, branche collatérale issue des comtes de Brionne, en épousant Jean d'Orbec.

En 1495, Charles VIII accorda à David, baron d'Orbec et de Bienfaite, l'extinction d'une rente due à son domaine et vicomté d'Orbec, sur les cens de la baronnie d'Orbec.

Louis d'Orbec, sieur de Bienfaite, était l'un des principaux chefs de la troupe protestante qui, en mai 1562, commit des dévastations dans l'église cathédrale de Lisieux.

La terre de Bienfaite appartenait au commencement de ce siècle à la famille de Chaumont-Quitry, dont plusieurs historiens font remonter l'origine jusqu'aux comtes du Vexin, qui appartenaient aux rois de la première race.

Dans la salle des Croisades, à Versailles, on voit l'écusson de Hugues de Chaumont, à la date de 1202.

Plusieurs Chaumont de Quitry se distinguèrent par les armes sous les derniers Valois et sous les Bourbons, tels que : Jean de Chaumont-Quitry, maréchal de camp, en 1589 ; - Philippe de Chaumont, comte de Quitry, maréchal de camp, en 1637 ; - Guy de Chaumont, marquis de Quitry, maréchal de camp, en 1669, tué au passage du Rhin, le 12 juin 1672 ; - Henri de Chaumont-Quitry, également maréchal de camp, mort en 1678.

En 1704, le 20 février, une demoiselle de Chaumont-Quitry fut inhumée dans l'église de Bienfaite, ainsi qu'il appert d'un acte qui se trouve dans les archives de la mairie de cette commune, ainsi conçu :
" Nous prestre soussigné, curé de Saint-Martin-de-Bienfaite, avons inhumé en notre église sous le banc de haut et puissant seigneur messire Guy de Chaumont, nouveau converti à la foi, baron d'Orbec et baron encore seigneur et patron de Bienfaite, le corps de haute et puissante dame Louise de Chaumont, soeur de mondit sieur et seigneur d'Orbec et dudit Bienfaite, et épouse de messire Gédéon de Rofuge, haut et puissant seigneur chevalier comte Coërme, laquelle dame Louise de Chaumont a été inhumée de notre consentement et bon vouloir par messire Charles d'Assy, curé de Benéré notre cher et ancien confrère et voisin assisté encore de messieurs les curés du Rhoncerai, de Tordouet, de la Chapelle-Yvon, avec nos vicaires, tous redevants et dépendants étant à la nomination de mondit sieur le marquis d'Orbec, frère de ladite défunte. En foi de quoi nous avons signé ce présent après avoir nous-mêmes administré tous les sacrements à la haute et puissante dame Louise de Chaumont, nouvelle convertie à la foi catholique, apostolique et romaine, que nous avons enterrée comme dit est ci-dessus ce mercredi 20e février 1704.
Signé : Jean d'Anctoville, curé de Bienfaite.
"

Il résulte de ce document que la famille de Chaumont-Quitry était restée protestante jusqu'au XVIIIe siècle.

Quant au curé d'Anctoville, il desservit la paroisse de Saint-Martin-de-Bienfaite depuis le mois de juin 1703 jusqu'en décembre 1708.

En 1790, le Tribunal civil, qui devait siéger à Orbec, en vertu du décret du 4 février, ayant été définitivement placé à Lisieux, où il fut installé le 13 novembre de la même année, la ville d'Orbec fit tous ses efforts pour conserver cet important établissement. Une pétition fut adressée à l'Assemblée constituante ; cette pétition avait été rédigée par Chs de Chaumont-Quitry, qui fut envoyé à Paris comme député d'Orbec, avec Langueneur du Long-Champ.

Guy-Charles-Victor, comte de Chaumont-Quitry, né à Bienfaite, le 7 mars 1768, auteur d'opuscules politiques et littéraires, imprimés in-8°, et d'une traduction en vers des Odes d'Horace, restées manuscrites, est mort à Saint-Jacques-de-Lisieux le 23 mai 1841.

Jacques - Gui - Georges - Charles - François, comte de Chaumont-Quitry, né à Bienfaite le 7 septembre 1770, frère du précédent, et auteur de quelques brochures politiques, est mort à Paris le 4 janvier 1844.

Pendant la révolution, ces deux frères s'étaient associés et avaient créé à Evreux une imprimerie qu'ils firent valoir avec succès pendant quelques années.

Sous le second empire, un descendant de cette ancienne famille a exercé les fonctions de chambellan de Napoléon III.

Les armes de la maison de Chaumont-Quitry sont : écartelé de fleurs de lys d'or sans nombre, au lambel d'or sur un champ d'azur. Deux sauvages pour support avec leurs masses. Un lion d'or grimpant portant un drapeau semé de fleurs de lys d'or sur un champ d'azur ; autrement semé de France et les armes de Hongrie.


LE CHATEAU DE BIENFAITE présente une grande façade sans ressauts, dit M. Charles Vasseur, construite en briques avec chaînages de pierres à refends et toits brisés à la Mansard. Cependant, à l'angle Sud-Ouest, se trouve une tour ronde, de diamètre moyen, qui m'a paru, de loin, avoir les caractères du règne de Henri III. Ce serait donc le reste d'un édifice antérieur, construit au XVIe siècle, lorsque le château-fort fut définitivement abandonné.

De ce château-fort, il reste une motte assez élevée, de forme ovale irrégulière, dont l'esplanade peut mesurer 50 pieds dans son plus grand diamètre. Au-dessous paraît avoir été l'enceinte du château, à peu près carrée. Ces vestiges occupent l'extrémité du cap formé par le vallon de la Cressonnière, à sa jonction avec la vallée au Sud de l'église. M. de Caumont les a décrits dans le 5e volume de son Cours d'antiquités. Cette motte féodale est désignée dans le pays sous le nom de Pain de Sucre.


L'ÉGLISE de Bienfaite, sous l'invocation de Saint-Martin, est un édifice assez vaste, bâti d'un seul jet, au XVe siècle ; elle est située sur la pente du coteau, presque en face du château.

  • La nef et le choeur sont éclairés par huit belles fenêtres très flamboyantes.
  • Le choeur a conservé un de ces magnifiques retables si richement taillés, au temps de Louis XIV, par les huchers du Pays-d'Auge.
  • L'un des petits autels, dans le style Louis XIV, a été sculpté par M. Léonard, de Lisieux.
  • La cuve baptismale, octogone, avec des arcatures dessinées au trait, semble remonter au XVe siècle, comme la construction de l'église elle-même.
  • M. l'abbé Loir, curé de Bienfaite, président de la Société historique, de Lisieux, possède une riche collection de documents historiques sur l'ancien diocèse de Lisieux.

Pendant l'invasion prussienne, la commune de Saint-Martin-de-Bienfaite fut occupée, du 11 au 21 février, par un escadron de dragons mecklembourgeois, fort de 116 hommes. Ils y firent des réquisitions en pain, viande, avoine, paille, foin et transports, pour une somme évaluée à 3,212 fr.

Ils frappèrent en outre cette commune d'une indemnité de 18,453 fr. 75 c. ; mais cette indemnité ne leur fut point payée. Ils emmenèrent alors deux otages :
M. Dutheil, alors président de la commission municipale et M. le comte de Noinville. M. Dutheil fut conduit Orbec, chez le colonel commandant la contrée, et renvoya presque immédiatement, mais sous la condition qu'il réunirait son conseil pour aviser aux moyens de se procurer la somme demandée ; M. le comte de Noinville fut gardé par eux pendant trois jours, et conduit à Brogli et à Bernay, sans toutefois qu'il ait eu à subir de mauvais traitements.

De la gare de Bienfaite, bâtie au milieu d'un site charmant, au débouché dans la vallée d'un petit vallée délicieux qui s'ouvre sur la droite, et dont le château semble garder l'entrée, on aperçoit au sommet du coteau de gauche, longeant la route de terre, les ruines d'une ancienne construction. Ce sont les derniers vestiges d'un vieux château-fort, qu'on désigne sous le nom de château Godefard. C'était très-vraisemblablement un poste avancé de la place d'Orbec, qui, avec le château de Bienfaite défendait l'accès de la vallée et protégeait la ville.
On n'a pas de renseignements sur cette ancienne forteresse ; mais il est à remarquer que ce nom de Godefard était aussi celui d'un château situé aux abords de Lisieux à l'Est, non loin de la route de Paris.

A 3 kilomètres de Bienfaite, se trouve le village de Saint-Maur, où il existait, avant la révolution, une chapelle placée sous l'invocation du saint dont le village a conservé le nom. Au commencement de ce siècle, ce village renfermait à lui seul un tiers de la population de commune. Tous les habitants étaient tisserands et fabriquaient une partie des frocs qui alimentaient la hall d'Orbec, Chassés de leurs habitations par le progrès industriel, ces tisserands sont allés demander du travail là où le tissage mécanique leur en a procuré. La population de Saint-Maur n'entre plus que pour un septième dans la population de la commune.

Non loin de Bienfaite, se trouve aussi la Cressonnière, petite commune d'une superficie de 458 hectares, peuplée de 193 habitants, et dont l'église, élevée sur un mamelon, domine un vallon pittoresque, arrosé par une petite rivière qui approvisionne une importante papeterie, et donne son nom à la commune.

L'église n'offre rien de particulier sous le rapport architectural ; elle date du XVIe siècle.
On remarque seulement dans le choeur deux pierres tombales, avec inscriptions, sur l'une desquelles est gravé un blason chargé de 7 besans ou tourteaux rangés 3, 3, 1, avec la devise : A qui tiens-je ? Ce sont les armes de la célèbre famille de Melun.

A peu de distance de l'église, au fond du vallon, on aperçoit un vieux bâtiment en pierre dont la construction remonte à la fin du XVe siècle ou au commencement du XVIe ; c'est ce qui reste de l'ancien château de la Cressonnière. On y voit encore des ouvertures surmontées d'ogives en accolade ; ces débris sont aussi entourés de douves, autrefois remplies d'eau vive.

Le château moderne que l'on voit bâti sur une éminence, et couronné de bois, au milieu d'un parc dessiné à l'anglaise, appartient à M. le comte de Noinville.

Laissant à gauche l'église et le château de Bienfaite, et un délicieux coteau boisé, la voie ferrée franchit un ruisseau qui, après avoir alimenté l'étang du château, fait mouvoir un moulin ; elle traverse une partie du bourg au sortir duquel elle s'enfonce au milieu des cours et des vergers, dont les plantations vigoureuses ferment toute perspective et ne laissent plus voir que quelques maisons de ferme rapprochées, propres et silencieuses.

Mais le décor change bientôt, et nous nous retrouvons dans la vallée considérablement élargie, qui semble former un cirque immense fermé par des coteaux dont les hauteurs sont couronnées de bois.
Puis, à peine les yeux ont-ils le temps d'admirer ce ravissant tableau, qu'un nouveau rideau de pommiers vient en masquer la vue.
Peu à peu le rideau s'éclaircit, au fur et à mesure que le convoi gravit une rampe, la plus importante que nous ayons encore rencontrée, et au milieu de laquelle nous trouvons, sur notre gauche, en contrebas de la voie, sous laquelle passe un chemin vicinal, le charmant chalet de Launay, appartenant à M. d'Hacqueville, et à notre droite, un vallon étroit et boisé dont l'aspect rude, un peu sauvage, tranche sensiblement avec celui que nous venons de voir à Bienfaite. La voie passe à la hauteur du toit de la maison du garde de M. d'Hacqueville.

La ligne a coupé une partie du parc de Launay, qu'elle traverse dans une tranchée assez profonde dont les hauteurs, à droite, sont abritées par un bois.
Là, l'entrepreneur a trouvé dans l'ouverture de la tranchée, un instant très large, le ballast nécessaire au remblai de la rampe que nous venons de gravir.
Franchissant cette tranchée, qui offre l'aspect d'une carrière, et dont une partie sera prochainement remplie, la voie traverse de nouveaux vergers, toujours frais, au milieu desquels nous trouvons l'arrêt d'Orbiquet-Launay, placé sur la gauche, à l'angle d'un chemin affreusement rapide qui gravit le coteau boisé que nous avons à notre droite.

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